Cinémas de répertoire : le succès à contre-courant
Alors que la fréquentation des salles de cinéma commerciales au Québec s’effondre depuis la pandémie, les cinémas de répertoire de Montréal affichent une santé insolente. Une performance qui interroge : comment ces établissements, longtemps considérés comme marginaux, parviennent-ils à inverser une tendance nationale ? Derrière ce succès se dessine une redéfinition des attentes du public, entre quête d’expériences collectives et rejet d’une offre hollywoodienne standardisée.
Quels chiffres illustrent la divergence entre les cinémas commerciaux et ceux de répertoire au Québec ?
L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) constate une chute de 15 % des entrées en salle en 2025 par rapport à 2024, et de 39 % par rapport à 2019. Pourtant, les cinémas de répertoire comme ceux du réseau Cinéma Cinéma enregistrent une hausse de 15 % de leur fréquentation sur les six premiers mois de 2026 par rapport à 2025, et de 26 % sur trois ans. Les grandes chaînes commerciales, qui captent 75 % des recettes et de l’assistance malgré 60 % des fauteuils disponibles, concentrent la baisse globale.
Quels facteurs expliquent le succès des cinémas de répertoire malgré un contexte défavorable ?
Plusieurs éléments convergent : une programmation diversifiée (rétrospectives, cinéma québécois de patrimoine, projections commentées par des cinéastes) qui cible un public niche mais fidèle, une stratégie de partenariats avec des festivals régionaux, et une expérience en salle perçue comme irremplaçable par les jeunes. Contrairement aux cinémas commerciaux dépendants des blockbusters hollywoodiens, ces salles misent sur une offre culturelle active et une communauté de cinéphiles engagés.
Pourquoi les cinémas commerciaux peinent-ils à retenir leur public ?
Deux dynamiques se combinent : d’un côté, les spectateurs lassés par une programmation jugée répétitive ou commerciale se tournent vers des alternatives comme Netflix ou Mubi ; de l’autre, le grand public, habitué au confort du divan, délaisse les salles. La grève des acteurs hollywoodiens en 2023 a aussi fragilisé leur modèle, déjà ébranlé par la pandémie. Les cinémas de répertoire, eux, avaient déjà entamé leur redressement une décennie plus tôt, notamment après le regroupement des salles Beaubien et du Parc sous l’enseigne Cinéma Cinéma.
La situation des cinémas de répertoire est-elle aussi favorable en région qu’à Montréal ?
Non. Si Montréal bénéficie d’une offre dense et d’une population étudiante nombreuse, les petites villes et zones rurales peinent à maintenir leurs salles indépendantes. Les cinémas ruraux, souvent isolés et moins visibles, subissent une précarité accrue. Des initiatives comme les partenariats de la Cinémathèque québécoise avec des festivals régionaux (REGARD à Saguenay, Les Percéïdes à Percé) tentent de pallier ce déséquilibre, mais l’écart avec les métropoles reste marqué.
Ce que ça pourrait changer
Ce phénomène pourrait accélérer une recomposition du paysage cinématographique québécois, où les cinémas de répertoire gagneraient en influence au détriment des multiplex commerciaux. À long terme, cela pourrait inciter les grandes chaînes à diversifier leur programmation ou à repenser leur modèle économique pour attirer un public en quête d’authenticité. Une vigilance s’impose cependant pour éviter que cette dynamique ne creuse davantage les inégalités entre Montréal et les régions.

