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GÉNÉRALISTE

Santé Québec, l’éléphant blanc de la CAQ, fait-il face à ses derniers mois?

Source unique·il y a 6 j

La promesse phare du Parti québécois (PQ) d’abolir Santé Québec à l’issue des élections du 5 octobre soulève une question plus stratégique que symbolique : et si la vraie bataille ne portait pas sur l’existence même de cette agence, mais sur la capacité des partis à en redéfinir les pouvoirs ? Entre un rapport de force arithmétique à l’Assemblée nationale et des leviers administratifs immédiats pour en neutraliser l’autorité, l’enjeu réside moins dans une abolition formelle que dans la reconfiguration du pouvoir décisionnel dans le réseau de la santé québécois.

Pourquoi l’abolition pure et simple de Santé Québec par le PQ est-elle improbable, même en cas de victoire ?

Le PQ, même en tête des sondages, serait probablement minoritaire et devrait composer avec des partenaires réticents à voter une abolition totale. La CAQ, qui a créé l’agence en 2023 par la loi 15, dispose des moyens politiques pour bloquer une telle réforme, tandis que Québec solidaire, dont la position reste floue, pourrait refuser de s’engager dans cette voie. Le vote sur une abolition nécessiterait une majorité absolue, ce qui rend le scénario peu réaliste.

Quels pouvoirs concrets un ministre de la Santé péquiste pourrait-il utiliser pour affaiblir Santé Québec sans abolir l’agence ?

Un ministre péquiste pourrait imposer une directive ministérielle contraignante à Santé Québec, lui retirant une partie de son autonomie opérationnelle dès son entrée en fonction. Le Commissaire à la santé et au bien-être a déjà pointé le risque d’un tel pouvoir, qui empiète sur la gestion quotidienne de l’agence. Cette approche, plus discrète qu’une abolition législative, permettrait de vider l’agence de sa substance sans passer par un vote à l’Assemblée.

Pourquoi le débat sur Santé Québec illustre-t-il une confusion récurrente entre procédure législative et rapport de force politique ?

Le bâillon utilisé par la CAQ en 2023 pour faire adopter la loi 15 a souvent été présenté comme un moyen de contourner les oppositions, mais il ne crée pas de majorité. Il limite simplement le temps de débat. Or, un gouvernement minoritaire ne peut pas obtenir de votes supplémentaires en accélérant la procédure : il perd simplement plus vite. La vraie bataille politique se joue donc sur la capacité à négocier chaque décision, pas sur la rapidité des votes.

Quelle est la différence entre une réforme opérationnelle de Santé Québec et une abolition structurelle de l’agence ?

Une réforme opérationnelle peut être menée par directive ministérielle ou par règlement, sans modification législative, en redéfinissant par exemple les régions sociosanitaires ou en limitant les pouvoirs de l’agence. En revanche, une abolition structurelle nécessiterait de modifier la loi pour dissoudre Santé Québec ou ressusciter les établissements régionaux avec une personnalité juridique distincte, comme le proposait le PQ dans son document La santé à votre porte en 2024. Cette dernière option exige un projet de loi et une majorité claire.

Ce que ça pourrait changer

Si Santé Québec survit à l’élection, le prochain gouvernement devra choisir entre une réforme progressive par le bas (directives, budgets) ou un affrontement législatif coûteux et incertain. La question centrale n’est plus faut-il abolir l’agence ?, mais qui contrôle vraiment le réseau de santé ?, avec des conséquences majeures sur l’autonomie des établissements et la qualité des soins. Le débat public, souvent réduit à des promesses de campagne, risque de passer à côté de cette dimension stratégique.

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