Niveler vers le bas en matière de climat
Alors que la campagne électorale québécoise se concentre sur la réduction des dépenses de l’État, l’enjeu climatique, pourtant crucial, est relégué au second plan par les partis politiques. Cet éditorial dénonce une forme de déni ou d’oubli des coûts réels et immédiats des dérèglements climatiques, alors que les promesses électorales se contentent de mesures superficielles ou de reculs déguisés.
Pourquoi les partis politiques québécois évitent-ils de détailler leurs plans climatiques pendant la campagne électorale ?
Les partis en lice, comme le Parti québécois ou Québec solidaire, reportent ou minimisent leurs annonces climatiques pour ne pas braquer les électeurs ou s’exposer à des critiques sur des mesures impopulaires. Cette stratégie reflète une priorité électorale qui relègue l’urgence climatique derrière d’autres enjeux, malgré les coûts croissants des catastrophes liées au climat.
Quels exemples concrets illustrent les reculs ou les mesures insuffisantes des partis en matière climatique ?
Le Parti québécois propose une réduction de moitié de la TVQ sur l’essence tout en distribuant un chèque aux moins nantis, une mesure qui avantage les plus gros pollueurs sans inciter à la sobriété. La Coalition avenir Québec maintient le gel des tarifs résidentiels d’Hydro-Québec, ignorant les besoins de transition énergétique, tandis que le Parti conservateur s’oppose au tramway de Québec et ouvre la porte au gaz de schiste.
Quels sont les coûts économiques déjà documentés des dérèglements climatiques au Québec et au Canada ?
Les pertes assurées au Québec après la tempête Debby s’élèvent à 2,8 milliards de dollars, tandis que les frais d’hospitalisation et de visite à l’urgence en Ontario, lors d’une semaine de feux de forêt, ont atteint 1,2 milliard de dollars. À l’échelle canadienne, les dommages aux réseaux de transmission électrique pourraient plus que doubler, et ceux aux routes et voies ferrées pourraient coûter 5,4 milliards de dollars par an. Les taux d’hospitalisation lors de grandes chaleurs pourraient aussi augmenter de 21 % d’ici 2050.
Comment le Rapport sur le climat changeant d’Environnement Canada influence-t-il le débat politique québécois ?
Le rapport souligne que les dérèglements climatiques sont essentiellement irréversibles et s’accompagneront d’une hausse des températures et des précipitations, aggravant les phénomènes extrêmes. Pourtant, cette alerte reste largement ignorée dans la campagne, où les partis préfèrent des promesses électoralistes à une action climatique ambitieuse, malgré l’urgence documentée.
Ce que ça pourrait changer
Cette myopie climatique pourrait aggraver les coûts économiques et sociaux futurs, alors que les partis misent sur des mesures à court terme pour séduire l’électorat. Elle risque aussi d’affaiblir la position du Québec face aux défis environnementaux, notamment face à des partenaires comme les États-Unis, où les politiques fédérales reculent également sur le climat. Enfin, cette inertie politique pourrait normaliser un déni des réalités climatiques, rendant toute transition future plus difficile et coûteuse.

