L’Union peut-elle devenir une puissance sans capitalisme européen ?
L’Union européenne peut-elle émerger comme une puissance géopolitique autonome dans un monde où les rapports de force économiques et militaires redéfinissent les hiérarchies internationales ? L’article interroge la capacité de l’Europe à se doter d’un modèle de régulation cohérent, alors que les États-Unis et la Chine réorganisent leur insertion internationale autour de logiques protectionnistes et impériales, laissant l’UE dans une posture de « non-puissance » structurelle.
Pourquoi l’Europe est-elle qualifiée de « non-puissance » dans l’article ?
L’Union européenne est décrite comme une « non-puissance » en raison de sa dépendance persistante à l’égard des États-Unis pour sa sécurité (notamment nucléaire et militaire via l’OTAN), de ses divisions internes sur les questions énergétiques et industrielles, et de l’affaiblissement des outils multilatéraux qui avaient structuré sa construction. Son modèle, fondé sur la régulation juridique et le marché unique, s’avère inadapté face aux dynamiques géopolitiques actuelles, marquées par le retour des rapports de force et l’effacement du droit international.
Comment la théorie de la régulation éclaire-t-elle les stratégies des États-Unis et de la Chine ?
La théorie de la régulation révèle que les deux puissances ont développé des modèles économiques complémentaires mais opposés en apparence : les États-Unis, autrefois promoteurs du libre-échange, adoptent désormais un protectionnisme interventionniste pour servir leurs intérêts stratégiques, tandis que la Chine, malgré son régime politique communiste, défend une économie mondiale ouverte et régulée. Cette complémentarité, née de leur interdépendance, masque une rivalité géopolitique croissante où l’insertion internationale devient un levier de puissance plutôt qu’un cadre stable.
Quels sont les risques pour l’Europe si elle ne parvient pas à définir sa propre insertion internationale ?
Si l’Europe ne parvient pas à élaborer une stratégie autonome, elle risque d’être marginalisée dans un ordre mondial où les règles sont redéfinies par les rapports de force. Son retard technologique, ses divisions énergétiques et sa dépendance militaire pourraient la reléguer au rang de spectatrice, incapable de peser sur les équilibres futurs, notamment face à la fragmentation commerciale et aux tensions sino-américaines.
Ce que ça pourrait changer
L’incapacité de l’Europe à se doter d’un modèle de régulation propre pourrait accélérer sa fragmentation interne et son alignement sur l’un des deux blocs dominants, réduisant son autonomie stratégique. À l’inverse, une refonte de ses piliers (défense, énergie, monnaie) pourrait lui permettre de jouer un rôle pivot dans un monde multipolaire, mais cela nécessiterait une rupture avec les logiques technocratiques qui ont présidé à sa construction.

