« Kraken » : un film de frousse redoutablement efficace
Avec Kraken, les réalisateurs Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes signent un slasher urbain qui réinvestit les codes du genre pour en faire une critique sociale voilée. Leur premier long métrage, à la fois efficace et malin, interroge la violence systémique et l’abandon des territoires périphériques à travers une esthétique horrifique assumée, tout en évitant le piège du discours explicite au profit d’une expérience sensorielle percutante.
Quels réalisateurs sont à l’origine de Kraken et quel est leur parcours cinématographique récent ?
Le film est réalisé par Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes, connus pour avoir co-réalisé la série de comédie musicale ReuSSS en 2022. Leur premier long métrage marque ainsi une transition vers le cinéma de genre, après avoir exploré un registre plus léger et musical.
Quel est le cadre narratif de Kraken et comment s’articule-t-il avec les enjeux sociaux évoqués ?
L’intrigue se déroule dans une tour abandonnée d’une cité de banlieue, où cinq jeunes se retrouvent piégés face à un tueur méthodique. Ce cadre met en lumière les thèmes de la ghettoïsation, de l’abandon des territoires périphériques et des tensions entre forces de l’ordre et jeunesse, sans jamais tomber dans le didactisme.
En quoi Kraken se distingue-t-il des slasher classiques américains, malgré son inspiration évidente ?
Le film refuse une catégorisation trop stricte en mélangeant plusieurs registres horrifiques (jump scares, grand-guignol) tout en intégrant une dimension sociale et politique absente des productions américaines. Son originalité réside aussi dans l’utilisation de la banlieue comme décor et enjeu narratif, bien au-delà d’un simple cadre.
Ce que ça pourrait changer
Ce film pourrait marquer un tournant dans la perception du cinéma de genre français, prouvant qu’il peut concilier efficacité commerciale et profondeur thématique. Il ouvre également la voie à une exploration plus systématique des territoires périphériques dans le cinéma d’horreur, où la violence sociale devient un ressort narratif à part entière. Enfin, il pourrait inspirer d’autres réalisateurs à détourner les codes du genre pour aborder des questions contemporaines sans sacrifier le plaisir spectatoriel.

