Un coroner appelle à revoir le signalement de l’inaptitude à conduire
L’accident mortel d’un conducteur âgé de 79 ans en contresens sur l’autoroute 20, ayant causé deux blessés graves, révèle les failles d’un système québécois d’évaluation de l’aptitude à conduire fondé sur l’autodéclaration et des signalements médicaux non contraignants. Le coroner Arnaud Samson pointe du doigt un mécanisme de prévention trop fragile, où la responsabilité individuelle prime sur des contrôles systématiques, malgré l’accumulation de signes médicaux préoccupants chez la victime.
Quels éléments médicaux ont été identifiés chez le conducteur avant l’accident mortel ?
Le coroner a relevé chez l’homme des troubles neurologiques et cognitifs pouvant altérer son jugement et son orientation au volant, ainsi que deux accidents vasculaires cérébraux (AVC) en 2023 et 2024, accompagnés de pertes de parole et de confusion. Un conseil médical de suspension de la conduite avait même été formulé lors du second AVC, sans qu’aucun document administratif ne soit transmis à la SAAQ.
Pourquoi le système actuel de la SAAQ a-t-il été critiqué par le coroner ?
Le coroner juge le mécanisme actuel trop dépendant de l’autodéclaration des conducteurs et des signalements médicaux non obligatoires, ce qui crée une faille majeure dans la prévention des risques. Il souligne que cette approche repose sur des décisions individuelles et discrétionnaires plutôt que sur des contrôles structurés, comme en témoigne l’absence de réévaluation de l’aptitude à conduire malgré les épisodes médicaux graves de la victime.
Quelles différences existent entre le Québec et les autres provinces canadiennes en matière de signalement médical des conducteurs ?
Dans la majorité des provinces canadiennes, la loi impose aux médecins de signaler à l’autorité responsable des permis de conduire tout problème de santé susceptible de compromettre la conduite sécuritaire. Au Québec, en revanche, ce signalement reste facultatif, ce qui limite la capacité des autorités à intervenir avant un accident.
Quelles pistes de solution sont évoquées pour améliorer le système actuel ?
Le coroner recommande de revoir le système d’évaluation de l’aptitude à conduire, en s’inspirant des mécanismes plus stricts d’autres provinces. La SAAQ a déjà identifié comme piste de solution la création d’un comité multidisciplinaire associant les ordres professionnels, le ministère de la Santé et Santé Québec pour réfléchir à des mesures plus robustes.
Ce que ça pourrait changer
Une réforme du système d’évaluation de l’aptitude à conduire pourrait renforcer la sécurité routière en réduisant les risques liés aux conducteurs atteints de troubles cognitifs ou neurologiques. Elle soulève cependant des questions sur l’équilibre entre protection publique et respect de la vie privée, ainsi que sur la charge administrative pour les professionnels de santé. La SAAQ, déjà ouverte à une réflexion, devra concilier efficacité et acceptabilité sociale.

