Les adolescents canadiens ne bénéficieront pas des mesures antidépendance de Meta
Alors que Meta s’engage à limiter l’exposition des adolescents américains à ses plateformes, le Canada reste en marge de ces mesures, révélant une fracture entre les stratégies de régulation des deux côtés de la frontière. Cette divergence interroge sur l’efficacité des politiques publiques face aux géants du numérique, où les promesses de protection des jeunes s’appliquent de manière inégale selon les juridictions, malgré des enjeux similaires en matière de santé mentale et de dépendance.
Quelles mesures Meta a-t-elle acceptées aux États-Unis pour limiter la dépendance des adolescents, et pourquoi ne s’appliquent-elles pas au Canada ?
Meta a convenu avec une quarantaine d’États américains de restreindre l’accès des moins de 18 ans à Facebook et Instagram à deux heures par jour, de supprimer les notifications pendant les heures de cours et de renforcer la vérification des âges. Ces mesures, qui pourraient encore s’aggraver (une heure par jour, blocage nocturne), ne concernent que les États-Unis, car l’accord signé ne crée aucun précédent juridique international et n’impose aucune obligation à Meta au Canada.
Quel projet de loi le gouvernement canadien envisage-t-il pour encadrer l’accès des jeunes aux réseaux sociaux, et comment se distingue-t-il des mesures américaines ?
Le Canada propose un projet de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, avec une possible exemption si les plateformes démontrent des mesures de sécurité suffisantes. Contrairement aux États-Unis, où les restrictions sont négociées sous la pression judiciaire, le Canada mise sur une approche réglementaire centralisée via une future Commission canadienne de la sécurité numérique, dont la mise en place est prévue dans les 18 mois suivant l’adoption de la loi, au plus tôt à l’automne 2024.
Quels acteurs sont impliqués dans cette dynamique de régulation, et quels sont leurs rôles respectifs ?
Meta (maison mère de Facebook et Instagram) est l’entreprise directement concernée par les négociations aux États-Unis et les discussions au Canada. Les États américains, via leurs poursuites judiciaires, ont poussé Meta à accepter des concessions financières (jusqu’à 23 milliards de dollars canadiens) et techniques. Au Canada, le gouvernement fédéral porte le projet de loi, tandis qu’une future Commission canadienne de la sécurité numérique sera chargée de définir et d’appliquer les normes de protection des jeunes.
Ce que ça pourrait changer
Cette disparité entre les approches américaine et canadienne pourrait créer un effet d’aubaine pour Meta, qui appliquerait des standards moins stricts sur le marché canadien, où les jeunes restent exposés à des risques similaires de dépendance. Par ailleurs, l’adoption éventuelle de la loi canadienne pourrait servir de modèle ou de contre-exemple pour d’autres pays, tandis que l’absence de coordination internationale laisse planer le risque d’une régulation fragmentée, au détriment d’une protection uniforme des adolescents.

