Économie russe : deux tiers de la population estime que les moments les plus difficiles pour le pays sont encore à venir
L’économie russe traverse une phase de pessimisme inédit depuis la pandémie, avec deux tiers de la population convaincus que les épreuves les plus rudes restent à venir. Cette dégradation des anticipations coïncide avec l’escalade des frappes ukrainiennes sur les infrastructures civiles et énergétiques, révélant l’incapacité du Kremlin à garantir la stabilité promise par Vladimir Poutine. Le phénomène interroge la durabilité d’un modèle économique fondé sur la résilience autoritaire face à une guerre d’usure qui érode progressivement les fondements mêmes de la légitimité du régime.
Comment évolue la perception de la crise économique en Russie depuis le début de la guerre en Ukraine ?
Entre l’hiver 2022 et le début de l’année 2025, la perception d’une dégradation économique s’était atténuée, mais depuis décembre, la part des Russes estimant que les moments les plus difficiles sont encore à venir a bondi de 48 % à 66 % en juillet 2026, un niveau inédit depuis la pandémie. Plus de 12 % de la population considère même que le pays traverse actuellement sa période la plus critique, un taux stable depuis 2022.
Quels événements récents ont accentué le sentiment de déclin économique en Russie ?
L’intensification des frappes ukrainiennes sur les raffineries et sites de stockage de carburant a provoqué des pénuries dans plusieurs dizaines de régions, touchant directement les consommateurs et les entreprises. Par exemple, la plateforme de commerce en ligne Wildberries a subi des perturbations majeures, illustrant la vulnérabilité d’un système économique déjà fragilisé par les sanctions occidentales.
Pourquoi le licenciement d’un économiste de Vnesheconombank est-il significatif dans ce contexte ?
L’économiste en chef de Vnesheconombank a été limogé après avoir déclaré que Moscou ne pouvait pas gagner la guerre d’usure contre l’Ukraine, soulignant que la Russie perdait sur les plans technologique et économique face à ses adversaires, y compris l’Ukraine. Cette mise à l’écart s’inscrit dans une campagne plus large de répression des voix critiques, renforçant l’image d’un régime qui étouffe le débat économique au nom de la stabilité.
Ce que ça pourrait changer
Cette crise de confiance pourrait fragiliser la base sociale du régime, fondée sur la promesse de sécurité et de prospérité, surtout si les frappes ukrainiennes continuent de cibler les infrastructures critiques. Le Kremlin, déjà confronté à une stagnation technique de l’économie, risque de devoir arbitrer entre des dépenses militaires accrues et des mesures sociales coûteuses, dans un contexte où la légitimité de Poutine repose de plus en plus sur sa capacité à maintenir l’ordre intérieur. À plus long terme, l’accumulation des tensions pourrait ouvrir une brèche pour des contestations, même si le contrôle autoritaire limite pour l’instant leur expression publique.

