Esclavage transatlantique : réparer le passé « pour briser le cycle de la discrimination »
L’esclavage transatlantique, qualifié par l’ONU de crime contre l’humanité, a laissé des séquelles structurelles encore visibles aujourd’hui dans les inégalités raciales. À l’occasion d’un dialogue sur la justice réparatrice, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk souligne que ces injustices, loin d’être des reliques du passé, se perpétuent à travers des mécanismes systémiques persistants. La question n’est plus seulement de reconnaître l’histoire, mais d’agir pour en rompre les cycles, sans quoi les générations futures en porteront encore le poids.
Pourquoi l’ONU qualifie-t-elle la traite transatlantique de crime contre l’humanité ?
L’Assemblée générale des Nations Unies a qualifié en mars dernier la traite transatlantique de crime le plus grave contre l’humanité en raison de son caractère systémique et organisé sur plus de 400 ans, réduisant des millions d’Africains à l’état de marchandises et niant leur humanité. Ce crime inclut également des violences sexuelles massives, notamment envers les femmes et les filles, et a structuré des hiérarchies sociales encore perceptibles aujourd’hui.
Quelles formes concrètes prend la justice réparatrice selon Volker Türk, et en quoi dépasse-t-elle les seules réparations financières ?
Pour Volker Türk, la justice réparatrice ne se limite pas à des indemnisations pécuniaires : elle englobe des excuses officielles, la restitution de biens culturels, la commémoration des victimes, la reconnaissance des traumatismes intergénérationnels, et des réformes structurelles dans l’éducation, la justice et les politiques publiques. L’objectif est de rétablir une équité réelle, pas seulement symbolique, en s’attaquant aux racines des inégalités actuelles.
Quels pays ou institutions ont déjà engagé des mesures de réparation, et dans quels domaines ?
Plusieurs États ont pris des initiatives variées : l’Allemagne, la Belgique, le Brésil et les Pays-Bas ont présenté des excuses, tandis que la Colombie, le Mexique et le Portugal ont lancé des projets mémoriels. En France, au Royaume-Uni, en Namibie et en Suisse, des monuments historiques font l’objet de réévaluations. Les bronzes du Bénin ont été restitués au Nigeria, et le pape Léon XIV a présenté des excuses pour le rôle historique de l’Église catholique dans la légitimation de l’esclavage. Des universités, médias et entreprises examinent aussi leur passé colonial.
Pourquoi Volker Türk insiste-t-il sur la nécessité d’une réforme du système financier international dans ce contexte ?
Le Haut-Commissaire souligne que la dette des pays en développement, souvent héritée de structures coloniales, limite leur capacité à investir dans des secteurs clés comme l’éducation ou la santé. Une réforme de ce système permettrait de libérer des ressources pour des politiques publiques ciblées, réduisant ainsi les inégalités persistantes liées à l’héritage de l’esclavage et du colonialisme.
Ce que ça pourrait changer
Si ces mesures de justice réparatrice étaient pleinement appliquées, elles pourraient contribuer à désamorcer les mécanismes de discrimination structurelle qui se transmettent de génération en génération. Cependant, leur succès dépendra de leur mise en œuvre concrète, notamment via des lois antiracistes effectives et une participation active des communautés concernées. À l’inverse, leur échec risquerait d’aggraver les fractures sociales et de nourrir les discours suprémacistes, déjà en recrudescence.

