Tragédie aérienne d’Ustica : “Le mur du silence français est enfin tombé”
Le 27 juin 1980, un avion civil reliant Bologne à Palerme avec 81 personnes à bord disparaissait en mer Tyrrhénienne, non loin de l’île d’Ustica, pour des raisons encore non éclaircies à ce jour. Depuis longtemps, certaines hypothèses évoquent la possibilité d’un tir accidentel de missile français.
Le 27 juin 1980, un avion civil italien de type DC-9, assurant la liaison entre Bologne et Palerme, disparaît en mer Tyrrhénienne près de l’île d’Ustica, au nord de la Sicile. À bord, 81 personnes perdent la vie. L’avion s’est désintégré en vol, mais les causes exactes de l’accident restent inconnues à ce jour. L’épave est retrouvée entre 1987 et 1988 à 3 500 mètres de profondeur, ce qui permet d’écarter certaines hypothèses comme un effondrement structurel ou l’explosion d’une bombe à bord. Cette tragédie est considérée comme l’un des dossiers les plus sensibles entre la France et l’Italie.
Après analyse de l’épave, deux hypothèses principales ont été écartées : un défaut technique de l’avion et une explosion interne causée par une bombe. Une troisième hypothèse, celle d’un tir accidentel de missile, est évoquée. Selon cette théorie, l’avion aurait pu être abattu par erreur par la France ou les États-Unis dans un contexte de tensions géopolitiques avec la Libye à l’époque. Cette piste, soutenue par l’ancien Premier ministre italien Giuliano Amato il y a trois ans, reste la plus plausible mais non confirmée. Les documents militaires français pourraient apporter des éléments nouveaux pour éclaircir ce mystère.
Le président français Emmanuel Macron a accepté de transmettre des documents militaires réclamés par les juges italiens pour faire avancer l’enquête sur la tragédie d’Ustica. Cette décision marque une étape importante après des décennies de silence et de réticence des autorités françaises. Pour la correspondante italienne Anaïs Ginori, il s’agit d’un dossier sensible qui pourrait enfin connaître des avancées grâce à cette coopération. Ces documents pourraient contenir des informations sur des opérations militaires ou des échanges diplomatiques liés à la période des faits.
L’accident survient en pleine période de tensions entre les États-Unis, la France et la Libye, dirigée à l’époque par le colonel Mouammar Kadhafi. Les relations étaient tendues en raison de conflits en Méditerranée et de tensions politiques. Dans ce contexte, des opérations militaires secrètes ou des exercices impliquant des missiles étaient fréquents. L’hypothèse d’un tir accidentel s’inscrit dans ce cadre, où des avions civils auraient pu être confondus avec des cibles militaires. La Libye était alors suspectée de soutenir des groupes armés, ce qui justifiait une surveillance accrue par les puissances occidentales.
L’affaire d’Ustica est suivie de près par les familles des victimes et les autorités italiennes, qui cherchent à obtenir justice et vérité. Les juges italiens ont longtemps réclamé l’accès à des documents militaires français, sans succès jusqu’à présent. La transmission de ces documents par la France pourrait permettre de relancer l’enquête et de déterminer si des responsabilités doivent être engagées. Cette affaire illustre les tensions persistantes entre la France et l’Italie sur des sujets sensibles liés à la sécurité et à la diplomatie.

