Du spectre de la déroute à l’espoir : la fin de campagne de Québec solidaire
Radio-Canada s'est entretenu avec des stratèges et militants de Québec solidaire en cette fin de campagne..
Avant le déclenchement des élections de 2026, Québec solidaire (QS) traversait une période difficile marquée par des crises internes répétées. Entre 2024 et 2026, le parti a subi plusieurs départs notables : Gabriel Nadeau-Dubois, figure emblématique, a démissionné de son poste de porte-parole en 2024, suivi par plus de 15 membres du personnel et de nombreux militants déçus. D’autres événements ont aggravé la situation, comme la parution d’un livre critique de Catherine Dorion en 2025, le départ d’Émilise Lessard-Therrien ou encore la suspension du député Vincent Marissal. Ces crises ont fragilisé la crédibilité du parti, qui était donné perdant dans les sondages avec la possibilité de ne conserver que 2 ou 3 circonscriptions sur les 11 détenues.
Face à ces défis, QS a choisi une nouvelle direction avec Ruba Ghazal, désignée cheffe parlementaire en novembre 2024. Bien que moins connue du grand public que Gabriel Nadeau-Dubois, elle a été perçue comme un symbole de renouveau. Les militants ont reconnu avoir pris un risque en la soutenant, car son rôle de porte-parole et de députée exige des compétences différentes de celles d’un simple député. Cependant, son élection a marqué un tournant, permettant au parti de se repositionner et de relancer sa campagne avec une approche plus positive.
QS a opté pour une campagne axée sur la positivité, en s’inspirant de l’héritage de Françoise David, cofondatrice du parti. L’objectif était de se distinguer des autres formations politiques en évitant les attaques personnelles ou les discours négatifs, une tendance souvent reprochée à la gauche. Cette stratégie s’est notamment inspirée de la nouvelle gauche américaine, comme le maire de New York Zoran Mamdani, dont Ruba Ghazal s’est revendiquée. Le parti a mis en avant des propositions concrètes, comme la taxation des fortunes de plus de 25 millions de dollars, le logement abordable ou la lutte contre la hausse du coût de la vie, tout en se positionnant comme un rempart contre l’austérité.
Avec cette campagne, QS espérait conserver ses 11 circonscriptions, voire en gagner une douzième (celle de Vincent Marissal, devenu indépendant). En 2022, le parti avait obtenu 15,4 % des voix, se classant deuxième derrière la Coalition Avenir Québec (CAQ), qui était alors devenue majoritaire. Cependant, les luttes électorales étaient particulièrement serrées en 2026, et les stratèges savaient que le succès dépendrait de la capacité de Ruba Ghazal à mobiliser les électeurs. Un afflux de bénévoles est revenu soutenir le parti en fin de campagne, ce qui a redonné de l’espoir aux militants.
Les militants de QS ont exprimé une satisfaction générale envers la campagne menée par Ruba Ghazal, soulignant sa capacité à écouter, s’adapter et incarner une politique positive. Un militant de longue date, André Frappier, a salué sa performance, tout comme d’autres qui ont noté un changement dans la perception des électeurs après les débats télévisés. Certains ont qualifié ces débats de game changer, car ils ont permis à Ruba Ghazal de mieux se faire connaître. Malgré ces avancées, le parti restait conscient que ses ambitions d’expansion du vote étaient limitées et que tout dépendrait des résultats du scrutin.
QS a cherché à se distinguer en se présentant comme une alternative progressiste face à l’austérité. En analysant les cadres financiers des autres partis, le parti a mis en avant son rôle de protecteur de l’État québécois, notamment en proposant des mesures comme la taxation des grandes fortunes. Cette approche a permis de clarifier son positionnement, entre une gauche ancrée dans ses valeurs et une posture pragmatique perçue par les commentateurs. Cette dualité a été perçue comme un équilibre idéal par certains membres du parti.

