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Face à Donald Trump et Peter Thiel, la contre-offensive des jésuites américains aux côtés de Léon XIV

The Conversation France · mis à jour il y a 14 h

Le pape Léon XIV avec les supérieurs majeurs des jésuites à Rome le 24 octobre 2025. Il est entouré d'Arturo Sosa, supérieur général de la Compagnie de Jésus, et d'Antoine Kerhuel, secrétaire de la Compagnie de Jésus à Rome.

Léon XIV et son encyclique

Léon XIV, de son vrai nom Robert Francis Prevost, est un pape américain élu le 8 mai 2025, trois mois après le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis. En mai 2026, il publie sa première encyclique, Magnifica Humanitas, un texte majeur consacré à la protection de la dignité humaine face aux défis posés par l’intelligence artificielle (IA). Une encyclique est une lettre solennelle adressée par le pape à l’ensemble des catholiques, mais son contenu est souvent le fruit d’un travail collectif impliquant des théologiens, des experts et des rédacteurs. Dans ce cas, l’encyclique a été préparée principalement par l’entourage du cardinal Michael Czerny, un jésuite canadien, et d’autres contributeurs dont certains appartiennent à la Compagnie de Jésus, comme le révèlent des analyses linguistiques. Le texte appelle à une régulation éthique de l’IA, au respect des droits humains et à la promotion de la paix, des principes qui s’opposent à la vision de certains acteurs politiques et technologiques américains.

Rôle des jésuites américains

Les jésuites américains, membres de la Jesuit Conference of Canada and the United States, ont joué un rôle central dans la diffusion et la promotion de Magnifica Humanitas. Entre le 25 mai et le 15 août 2026, ils ont publié 14 interventions majeures (articles, podcasts, entretiens) pour expliquer et défendre les idées du pape. Leur réseau, très influent aux États-Unis, a également travaillé à traduire les principes de l’encyclique en propositions concrètes pour les décideurs politiques. Par exemple, le 2 juin 2026, ils ont adressé une lettre au Congrès américain pour plaider en faveur d’une régulation de l’IA prenant en compte les inégalités économiques, les droits des travailleurs et la protection des enfants. Leur mobilisation s’inscrit dans une tradition intellectuelle et théologique qui critique les dérives du pouvoir, qu’il soit politique ou technologique.

Conflit avec Peter Thiel

Peter Thiel, milliardaire de la tech et cofondateur de Palantir, est l’un des principaux opposants à Magnifica Humanitas. En juillet 2026, lors de l’Aspen Ideas Festival, il a accusé le pape de travailler « pour les communistes chinois », affirmant que ses appels à réguler l’IA affaibliraient l’Occident face à la Chine. Thiel a également publié un essai intitulé The Pope and The Antichrist, où il présente Léon XIV comme une figure proche de l’Antéchrist, en raison de son opposition à une gouvernance mondiale contrôlée par la technologie. En réponse, les jésuites américains ont multiplié les critiques contre cette vision, soulignant les dangers de l’appropriation du langage religieux par Thiel pour justifier un pouvoir technologique incontrôlé. Leur opposition s’étend aussi à l’écosystème Thiel-Vance-Palantir, dont les méthodes sont jugées contraires aux valeurs de dignité humaine et de justice sociale.

Critique de la politique Trump

Les jésuites américains s’opposent frontalement à plusieurs aspects de la politique de Donald Trump, notamment ses mesures anti-immigration, sa politique étrangère fondée sur la force et son extension du pouvoir exécutif. Leur résistance s’appuie sur la doctrine sociale catholique, qui prône la dignité humaine, la solidarité et la limitation du pouvoir. Ils ont mis en place des réseaux d’aide aux migrants, comme le Jesuit Migration Network et le Jesuit Refugee Service USA, qui accompagnent les personnes en situation irrégulière devant les tribunaux, organisent des manifestations et fournissent des outils juridiques. En 2025, ils ont publié une déclaration nationale exigeant une réforme migratoire juste et humaine, et en 2026, ils ont critiqué les détentions et expulsions massives, ainsi que les tentatives de Trump de remettre en cause le droit du sol. Leur argument central est que la dignité des migrants impose des limites morales à l’action de l’État.

Défense de l'aide humanitaire

Le Jesuit Refugee Service USA (JRS) a également dénoncé les coupes dans l’aide humanitaire américaine, qui ont touché des programmes soutenus par le Bureau of Population, Refugees and Migration du Département d’État. En février 2025, le JRS estimait que la suspension de 18 millions de dollars de financement affecterait directement plus de 103 000 réfugiés et personnes déplacées, ainsi que 300 000 autres personnes indirectement. Cette décision a aussi entraîné le licenciement de 400 salariés du JRS dans le monde. Les jésuites défendent l’aide internationale comme un outil de solidarité, de paix et de soft power (influence positive d’un pays sans recourir à la force), rappelant que les États-Unis ont historiquement joué un rôle majeur dans l’assistance humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ce que ça pourrait changer

Les jésuites américains critiquent vivement la conception des relations internationales promue par l’administration Trump, fondée sur la force et la puissance militaire. Leur opposition s’inscrit dans une tradition théologique qui condamne le recours à la violence et au désir de domination, jugés « profondément antichrétiens ». En avril 2026, le rédacteur en chef de *America Magazine*, Sam Sawyer, a décrit l’administration Trump comme incarnant « un monde gouverné par la seule puissance ». Cette critique est renforcée par les prises de position de Léon XIV en faveur du droit international, du dialogue et de la négociation. Les jésuites rappellent que leur ordre a compté des théologiens influents, comme John C. Ford et Drew Christiansen, qui ont réfléchi aux limites éthiques de l’usage de la force, notamment dans le contexte de la guerre nucléaire.

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