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Géopolitique

L’émir et les Lumières

Le Grand Continent · mis à jour 27 sept.

Les Lumières sont attaquées sur tous les fronts. Et si le débat était mal posé ? L’article L’émir et les Lumières est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Les Lumières contestées

L’article aborde les attaques dont les Lumières font l’objet, tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche. Pour la droite extrême, les Lumières incarnent un modèle démocratique libéral dépassé, tandis que pour une partie de la gauche, elles sont associées à l’impérialisme européen. Entre ces deux positions, certains tentent de réhabiliter ce courant de pensée. Les Lumières désignent un mouvement intellectuel né au XVIIIe siècle en Europe, prônant la raison, la liberté individuelle et la critique des dogmes. Des auteurs comme Rousseau ou Hegel en sont des figures majeures, mais l’article souligne aussi l’importance d’auteurs moins connus, comme Michaelis ou Eichhorn, fondateurs de la critique biblique moderne. L’émir Abdelkader, philosophe algérien du XIXe siècle, est présenté comme une figure clé ayant proposé une voie alternative, ni universaliste abstraite ni particulariste religieuse.

Définition orientalisme

L’orientalisme est défini comme un discours occidental sur l’Afro-Asie (terme désignant les régions d’Afrique et d’Asie), souvent perçu comme un imaginaire colonial. Certains le considèrent comme un ensemble de savoirs objectifs, tandis que d’autres y voient une négation de l’Autre. L’article retrace l’origine de l’orientalisme dans les définitions chrétiennes du faux prophète ou de l’Antéchrist, attribuées à Mahomet. Cette vision a paradoxalement ouvert la voie à une critique des textes bibliques, influençant les Lumières. L’orientalisme a ainsi joué un rôle central dans la manière dont nous pensons encore aujourd’hui, notamment en structurant les sciences humaines. L’enjeu n’est pas seulement de corriger des erreurs d’observation, mais de transformer notre manière de penser.

Statues de la pensée

L’article utilise l’image des statues pour illustrer la manière dont la pensée occidentale est figée dans un canon (ensemble de références incontournables). Ces statues symbolisent les auteurs vénérés, souvent européens, dont les idées sont citées sans remise en question. L’auteur, Mohamed Amer Meziane, propose de déstatufier la pensée pour la rendre vivante, en ouvrant des brèches dans ce canon. Il critique l’usage des citations comme arguments d’autorité, soulignant que cela reproduit des hiérarchies ethno-raciales, de classe ou de genre. L’objectif n’est pas de rejeter les philosophes occidentaux, mais de les traiter sur un pied d’égalité avec des penseurs non-européens comme l’émir Abdelkader ou al-Afghāni, souvent marginalisés.

Exotisme et pièges

L’exotisme et l’orientalisme sont présentés comme des pièges dans la réflexion sur les traditions intellectuelles non-européennes. Certains tombent dans un culturalisme (essentialisation des cultures) en opposant un Occident ou un Orient monolithiques, tandis que d’autres nient toute dissidence interne à ces cultures. L’article souligne que les traditions critiques non-européennes ne sont pas toutes religieuses, mais incluent des dimensions métaphysiques. Ignorer ces aspects appauvrit la définition de la rationalité. L’auteur rejette l’idée qu’il faille ignorer la philosophie européenne ou se limiter à des traditions spécifiques, car cela ne libère pas de l’orientalisme. La solution réside dans une transformation de la manière de penser, et non dans des ajustements superficiels.

Universalisme et héritages

L’universalisme est souvent associé à une doctrine née après 1789, notamment sous la IIIe République française. Avant cette date, il désignait simplement des concepts logiques applicables à tous. L’article critique l’idée que l’universalisme des Lumières serait intrinsèquement lié à l’impérialisme, soulignant que cette association est une simplification. Il propose de repenser les Lumières comme une traduction moderne d’une promesse plus ancienne de libération du savoir, ni occidentale ni orientale. L’enjeu est de reconnaître l’existence de raisons plurielles (diverses formes de rationalité) et de traiter les héritages philosophiques de manière équitable, sans les essentialiser ni les marginaliser. Cela implique de transformer les institutions de savoir pour qu’elles reflètent cette diversité.

Rôle de l’émir Abdelkader

L’émir Abdelkader (1808-1883), philosophe et résistant algérien, est présenté comme une figure centrale ayant proposé une alternative aux fausses oppositions entre Lumières et anti-Lumières. Il a répondu à l’orientalisme et à une manière de penser encore dominante aujourd’hui, en défendant une raison qui connaît les hommes par la vérité, et non l’inverse. Son œuvre s’inscrit dans une tradition de pensée afro-asiatique, aux côtés d’auteurs comme al-Afghāni. L’article souligne que son héritage doit être étudié et mis sur un pied d’égale dignité avec des philosophes européens comme Hegel ou Kant, afin de briser les hiérarchies intellectuelles héritées du colonialisme.

Ce que ça pourrait changer

L’article insiste sur la nécessité de réformer les institutions de savoir pour qu’elles intègrent sérieusement les philosophes et théoriciens non-européens, sans les marginaliser ni les cannibaliser (les réduire à des exceptions ou les folkloriser). Cela implique un enseignement qui ne soit pas purement philologique ou passéiste, mais qui traite ces penseurs comme des acteurs contemporains de la pensée. L’auteur rejette l’idée de bannir les philosophes occidentaux, mais demande une analyse précise de leur systématicité, qui structure encore les sciences sociales. La clé réside dans une transformation des méthodes de pensée, et non dans des ajustements superficiels comme l’ajout de citations d’auteurs non-européens.

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