Face au déclin des espèces, la tortue verte offre une lueur d’espoir
Le nombre de nids sur les Turtle Islands, un sanctuaire en Malaisie, a triplé depuis les années 1970..
Le rapport semestriel Planète Vivante du Fonds mondial pour la nature (WWF) révèle une baisse alarmante de 73 % de la taille moyenne des populations d’animaux sauvages suivies sur plus de 50 ans. Environ 50 % des milliers de vertébrés étudiés dans ce rapport voient leurs populations rester stables ou augmenter. Parmi ces exceptions, la tortue verte se distingue. Autrefois classée comme espèce menacée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), elle est désormais considérée comme une espèce de préoccupation mineure, signe d’un rétablissement notable. Cependant, six des sept espèces de tortues marines restent vulnérables ou en danger critique d’extinction, à l’exception de la tortue à dos plat, dont le statut est incertain faute de données suffisantes. La tortue verte est victime de la chasse pour sa chair et sa carapace, des filets de pêche, de l’aménagement du territoire, de la pollution et du changement climatique, qui perturbe l’équilibre des sexes chez les nouveau-nés.
La Malaisie représente une exception régionale dans la protection des tortues vertes. Sur les Turtle Islands, dans l’État de Sabah, le nombre de nids de tortues vertes a triplé depuis les années 1970, atteignant plus de 20 000 nids par an. Ce succès repose sur des décennies de mesures de conservation, comme la protection des îles depuis 1977 et l’interdiction locale de la consommation de viande et d’œufs de tortue depuis 1997. Maklarin Lakim, directeur de Sabah Parks, souligne que ces îles sont considérées comme un patrimoine naturel. Les efforts incluent également le transfert des œufs vers des centres d’incubation pour les protéger des prédateurs et des braconniers. Par exemple, Sitti Rasah Abdul, une pêcheuse de 50 ans, transfère des œufs depuis 2012 au sein d’une coopérative de femmes, avec l’objectif de préserver les tortues pour les générations futures.
Le taux de survie des bébés tortues vertes est extrêmement faible : seulement un sur mille atteint la maturité sexuelle, vers 20 ans. Pour améliorer leurs chances, des centres comme celui du Mataking Reef Resort incubent des œufs et relâchent les nouveau-nés sur les plages. Sophia Sie, propriétaire du resort, explique que la collecte d’œufs est passée de 600 en 2006 à environ 36 000 aujourd’hui. Cependant, comprendre le cycle de vie complet des tortues reste essentiel pour pérenniser ces efforts. Le WWF-Malaisie a créé Shellbank, une base de données mondiale d’ADN de tortues, utilisant des échantillons de tissus et de carapaces pour suivre les populations et identifier les origines géographiques des tortues. Ces données permettent aussi de cibler les braconniers et de tracer des routes migratoires, comme celle reliant la Malaisie à la Micronésie.
Plusieurs acteurs locaux jouent un rôle central dans la protection des tortues vertes. Juanita Joseph, professeure à l’Université Malaysia Sabah, a mené des recherches génétiques et convaincu son père d’arrêter de consommer des œufs de tortue. Son émotion à l’annonce du changement de statut de l’espèce en 2022 illustre l’impact de ces efforts. Gavin Jolis, responsable de la stratégie pour les espèces marines au WWF-Malaisie, insiste sur la nécessité de projets à long terme, soulignant que la résilience et la patience sont indispensables. Les communautés locales, comme celle de Sitti Rasah Abdul, et les initiatives privées, comme celles de Sophia Sie, montrent que la protection des tortues vertes repose sur une combinaison de science, de réglementation et d’engagement communautaire.

