200 000 manifestants contre la vie chère attendus samedi en France
Cette « convergence des luttes », redoutée par le pouvoir, intervient sur fond de fortes tensions sociales..
Samedi, environ 200 000 manifestants sont attendus dans toute la France pour protester contre la vie chère et réclamer plus de moyens pour l’éducation. Cette mobilisation rassemble des lycéens, des étudiants, des gilets jaunes, des militants du climat et des syndicalistes. Elle survient six mois avant l’élection présidentielle de 2027. Selon les autorités, 150 000 personnes pourraient manifester en dehors de la région parisienne, tandis que 40 000 sont prévues dans la capitale. Plus de 90 manifestations et 500 actions sont en préparation à l’échelle nationale. Cette convergence de luttes, qualifiée de redoutée par le pouvoir, reflète un mécontentement croissant face à la hausse des prix, notamment des carburants et des produits alimentaires de base comme les tomates ou les courgettes.
La France, deuxième économie de la zone euro, traverse une période de fortes tensions sociales et économiques. Le pays est surendetté et sous surveillance étroite des marchés financiers, ce qui limite sa marge de manœuvre budgétaire. La flambée des carburants et la baisse du pouvoir d’achat alimentent ce mécontentement. Sophie Binet, secrétaire générale de la Confédération Générale du Travail (CGT), souligne que des millions de travailleurs peinent à joindre les deux bouts. Elle évoque une situation où même des produits essentiels deviennent des consommations de luxe. Le gouvernement, dirigé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, minimise la portée du mouvement en le qualifiant de violences urbaines, tout en reconnaissant la gravité de la crise sociale.
D’un point de vue politique, le parti de gauche radicale La France insoumise (LFI), mené par Jean-Luc Mélenchon, espère tirer profit de cette mobilisation. Cependant, Marine Le Pen, candidate de l’extrême droite (Rassemblement National, RN), reste en tête des sondages pour la présidentielle. Jordan Bardella, président du RN, craint que cette journée ne serve de prétexte à des débordements, tout en reconnaissant que les revendications légitimes pourraient être exploitées. Le pouvoir redoute une répétition du mouvement des gilets jaunes de 2018-2019, qui avait débuté pour protester contre la hausse des taxes sur les carburants et s’était transformé en une crise sociale majeure.
Face à la mobilisation, le gouvernement a pris des mesures limitées. Un plan d’urgence a été lancé pour remplacer les professeurs absents dans les lycées, avec 2 000 remplaçants déployés sur les 3 000 promis. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a annoncé que les grenades assourdissantes, dont l’usage avait été suspendu lors des manifestations lycéennes, pourraient être réutilisées en cas de violences urbaines extrêmement graves. Les autorités ont également interdit les rassemblements près de sites sensibles à Paris, comme la présidence, le siège du Premier ministre ou l’Assemblée nationale, pour éviter des débordements similaires à ceux des Champs-Élysées en 2018-2019.
Les revendications sont multiples et fédèrent des groupes variés : *gilets jaunes*, *agriculteurs*, *chauffeurs de VTC*, *lycéens* et *étudiants*. Les syndicats, comme la CGT, soutiennent cette mobilisation, tandis que les lycéens espèrent une convergence des luttes. Marie-Lou, 18 ans, estime que cette journée pourrait marquer un *aboutissement* du mouvement, avec une participation élargie à d’autres catégories sociales. Les autorités, quant à elles, craignent que cette mobilisation ne devienne un symbole de contestation généralisée, comme ce fut le cas avec les gilets jaunes, mouvement marqué par 11 morts, 23 éborgnés et plus de 2 500 blessés parmi les manifestants.

