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Géopolitique

Pourquoi il y a mieux que le bonheur

Courrier International · mis à jour il y a 1 j

Schopenhauer, Beauvoir et Nietzsche nous mettent en garde : le bonheur endort l’esprit, rappelle l’auteur Mark Edmundson dans “The New York Times”. Chaque semaine, “Courrier international” vous propose un billet qui soulève des interrogations sur notre condition moderne en s’appuyant sur des œuvres littéraires, scientifiques et, bien sûr, philosophiques..

Le bonheur comme idéal

L’article commence par décrire une vision très répandue du bonheur, souvent associée à des plaisirs simples et accessibles : passer du temps dans la nature, voyager en voilier, déguster des plats gastronomiques ou assister à des festivals de musique. Cette conception, soutenue par des penseurs comme le philosophe utilitariste anglais Jeremy Bentham, prône la recherche permanente du plaisir et l’évitement systématique de la douleur. Oscar Wilde, célèbre pour son amour des plaisirs, illustre cette approche en écrivant dans sa lettre De Profundis que le bonheur doit être vécu sans modération. Cette vision du bonheur, bien que séduisante, est critiquée par plusieurs philosophes qui estiment qu’elle peut conduire à une existence passive et superficielle, où l’individu se contente de satisfactions immédiates sans chercher à se dépasser ou à donner un sens plus profond à sa vie.

Les limites du bonheur

Mark Edmundson, auteur de l’article et professeur de littérature à l’université de Virginie, s’appuie sur les travaux de philosophes comme Arthur Schopenhauer, Simone de Beauvoir et Friedrich Nietzsche pour remettre en question l’idée que le bonheur est le but ultime de l’existence. Selon ces penseurs, la quête effrénée du bonheur peut endormir l’esprit et empêcher l’individu de s’engager dans des projets plus ambitieux, comme la création artistique, la réflexion philosophique ou l’engagement politique. Schopenhauer, par exemple, considérait que le bonheur était une illusion, car il repose sur la satisfaction de désirs qui, une fois comblés, laissent place à de nouveaux besoins. De son côté, Nietzsche critiquait l’idée d’un bonheur passif, qu’il jugeait incompatible avec la volonté de puissance, un concept central dans sa philosophie qui désigne la force vitale poussant l’individu à se dépasser et à créer.

La joie comme alternative

Edmundson propose de remplacer la recherche du bonheur par celle de la joie, un état plus intense et dynamique qui naît de l’engagement dans des activités exigeantes et porteuses de sens. Contrairement au bonheur, qui est souvent associé à des moments de plaisir éphémères, la joie émerge lorsque l’on s’investit dans des projets qui nous dépassent, comme l’écriture, l’enseignement ou la lutte pour une cause. Cette idée n’est pas nouvelle : elle rejoint les réflexions de philosophes comme Søren Kierkegaard, qui distinguait le plaisir (nydelse), éphémère et superficiel, de la joie (glæde), plus profonde et durable. Pour Edmundson, la joie est un moteur de croissance personnelle et collective, car elle nous pousse à nous remettre en question et à chercher des solutions aux défis de la vie.

Philosophes contre utilitarisme

L’article oppose deux visions de la vie : celle de l’utilitarisme, représentée par Bentham, qui considère que le bonheur est le seul but valable de l’existence, et celle de philosophes comme Nietzsche ou Beauvoir, pour qui la vie doit être vécue avec intensité et engagement. Bentham, né en 1748 et mort en 1832, est considéré comme le père de l’utilitarisme, une doctrine qui évalue les actions en fonction de leur capacité à maximiser le plaisir et à minimiser la souffrance. À l’inverse, Nietzsche, né en 1844 et mort en 1900, voyait dans la souffrance une condition nécessaire à la croissance personnelle. Simone de Beauvoir, née en 1908 et morte en 1986, a quant à elle exploré dans ses œuvres, comme Le Deuxième Sexe, la notion de transcendance, c’est-à-dire la capacité de l’individu à dépasser ses limites pour donner un sens à son existence.

Ce que ça pourrait changer

Edmundson utilise une métaphore forte pour illustrer les dangers d’une vie centrée sur le bonheur : celle d’une personne qui, après avoir atteint ses objectifs matériels, se retrouve comme un passager endormi à bord de son propre voilier, dérivant sans but. Cette image illustre l’idée que le bonheur, lorsqu’il est conçu comme une fin en soi, peut conduire à une existence monotone et sans défis. Les philosophes cités dans l’article, comme Schopenhauer, considéraient que cette passivité était un piège, car elle empêche l’individu de développer sa créativité et son esprit critique. Pour eux, une vie véritablement épanouie doit inclure des moments de doute, de souffrance et de remise en question, qui sont autant de leviers pour progresser et innover.

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