En Syrie, un homme retrouve intacte sa bibliothèque emmurée quinze ans plus tôt
Cet habitant de Homs, qui a fui la Syrie en 2011 au début de la guerre, a retrouvé à la fin de l’été sa collection d’ouvrages coraniques interdits sous le régime de Bachar El-Assad, qu’il avait dissimulée derrière une cloison. La vidéo de cet homme redécouvrant ses livres a fait le tour des réseaux sociaux au Moyen-Orient..
En 2011, alors que la Syrie plonge dans une guerre civile opposant les partisans du régime de Bachar El-Assad aux rebelles, Abou Bilal, un habitant de Homs, une ville de l’ouest du pays, décide de quitter le pays pour se réfugier au Koweït. Avant son départ, il prend une précaution inhabituelle : il dissimule sa collection personnelle de livres en construisant un faux mur dans sa maison dévastée. Pour protéger les ouvrages, il place des cartons aplatis devant les tranches des livres, puis scelle le tout avec du plâtre. Cette bibliothèque secrète, composée de nombreux livres à reliure de cuir ornés de motifs, contient notamment des biographies du Prophète et des ouvrages d’érudits sur l’islam sunnite. Ces livres, comme beaucoup d’autres en Syrie à l’époque, auraient pu être interdits ou censurés sous le régime d’Assad, car ils abordaient des sujets sensibles comme la religion ou la politique.
Quinze ans après son départ, en décembre 2024, Abou Bilal rentre en Syrie après la chute du régime de Bachar El-Assad. Le 24 août 2025, son fils Bilal Alwan filme la scène où il détruit le mur qui cachait la bibliothèque. À l’aide d’un marteau, il retire progressivement les couches de plâtre et de carton, révélant ainsi une collection de livres toujours intacte et en bon état. La vidéo, partagée sur les réseaux sociaux le 16 septembre 2025, montre l’émotion d’Abou Bilal qui s’exclame : « Dieu merci, elle est toujours là et en bon état. Dieu soit loué ». Cette découverte illustre non seulement la préservation d’un patrimoine personnel, mais aussi un changement culturel majeur dans le pays.
La redécouverte de cette bibliothèque secrète reflète un changement culturel profond en Syrie, marqué par la fin du régime de Bachar El-Assad et l’arrivée au pouvoir d’Ahmed El-Charaa. Sous l’ancien régime, de nombreux livres étaient interdits, notamment ceux abordant la politique, la religion ou critiquant le gouvernement. Cependant, depuis la chute d’Assad, le paysage littéraire syrien connaît une évolution notable. Par exemple, en 2026, le Salon international du livre de Damas, le premier depuis la chute du régime, a présenté des ouvrages religieux autrefois interdits, des publications critiques envers l’ancien gouvernement ainsi que des livres en kurde. Les éditeurs syriens observent également un net recul de la censure, bien que des restrictions persistent sur certains sujets jugés sensibles, comme les livres glorifiant le régime d’Assad ou menaçant l’ordre public.
La Syrie a été plongée dans une guerre civile en 2011, opposant les forces loyales à Bachar El-Assad, soutenu par des alliés comme la Russie et l’Iran, aux rebelles et groupes djihadistes. Homs, ville stratégique, a été l’un des foyers de la révolte et a subi d’intenses combats. La chute du régime, survenue en décembre 2024, a ouvert une période de transition politique sous la direction d’Ahmed El-Charaa, un nouveau dirigeant dont le rôle n’est pas détaillé dans l’article mais qui semble incarner un changement par rapport à l’ère Assad. Cette transition s’accompagne d’une libéralisation progressive de la culture et de la presse, bien que des limites subsistent, comme le montrent les restrictions restantes sur certains types de publications.

