DIVINE GANG · Jules Magistry : « Pendant longtemps, je n’ai été sociabilisé qu’avec des potes hétéros. Quand j’ai coupé avec ça
On connaissait déjà – et on adorait – l’auteur pour ses illus sous influence Gregg Araki et David Lynch. Celui qui fait aussi partie du collectif de graphistes Fag Fam vient de sortir « Avec les mecs », une première BD qui hallucine sa propre adolescence dans une suburb des années 2000..
Jules Magistry est un auteur et illustrateur français connu pour ses dessins influencés par des réalisateurs comme Gregg Araki et David Lynch. Il fait également partie du collectif de graphistes Fag Fam. Son premier roman graphique, Avec les mecs, est une œuvre autobiographique qui plonge dans son adolescence dans une banlieue pavillonnaire des années 2000. Le titre évoque à la fois l’appartenance à un groupe, la masculinité et l’émancipation personnelle. La couverture de la BD met en scène un personnage nommé Blue, 13 ans, entouré de ses amis Red, Purple et Yellow, chacun associé à une couleur, comme dans la série Power Rangers. Cette représentation illustre la quête d’identité et de pouvoir à l’adolescence.
Dans une interview, Jules Magistry explique avoir été socialisé pendant son adolescence uniquement avec des amis hétérosexuels. Ce n’est qu’en s’éloignant de ce cercle qu’il a ressenti un changement positif dans sa vie. Cette prise de distance lui a permis de mieux s’épanouir et de se construire en dehors des normes hétérocentrées. L’auteur a grandi à Serris, près de Disneyland Paris, une ville décrite comme une banlieue pavillonnaire où les maisons se ressemblent et où l’idéologie dominante est perçue comme réactionnaire, blanche et normative. Il n’y est pas retourné depuis, mais envisage de le faire pour revoir ses anciens professeurs et discuter avec eux de ce qu’ils ont pu observer à l’époque.
La BD Avec les mecs aborde plusieurs thèmes liés à l’adolescence et à l’identité queer. Blue, le personnage principal, subit du bullying (harcèlement scolaire), des remarques homophobes et des regards désapprobateurs de la part de ses proches. Il est également confronté à des questionnements sur son corps et son image. L’auteur utilise des éléments de la culture pop, comme les films Blue Velvet ou Elephant, et des jeux vidéo comme Tekken ou Naruto, pour illustrer comment la fiction influence la construction de l’identité. Ces références montrent à la fois des possibilités d’émancipation et des angoisses, reflétant la complexité de l’adolescence queer.
Jules Magistry décrit son adolescence à travers des éléments culturels et numériques typiques des années 2000. Il mentionne les Strokes, un groupe de rock, ainsi que le porno gay visionné en secret. Il évoque également les Skyblogs, des blogs personnels très populaires à l’époque, où les jeunes partageaient leurs pensées et leurs émotions. Pink, une amie de Blue, est la seule présence féminine du groupe et sert de repère pour Blue dans sa construction identitaire. Les Skyblogs étaient des espaces où les jeunes pouvaient exprimer leurs difficultés, même sans toujours trouver les mots justes. L’auteur souligne que les filles de 13-14 ans utilisaient ces plateformes pour communiquer leurs malaises, malgré l’absence de clés explicites.
Jules Magistry utilise un style artistique marqué par des couleurs tumultueuses et un univers visuel riche, inspiré par des réalisateurs comme David Lynch. Son travail est décrit comme explosif et libérateur, contrastant avec ses dessins précédents en noir et blanc, jugés moins représentatifs de sa personnalité. Dans Avec les mecs, il mêle des éléments autobiographiques et fictifs pour décrire les hantises et les brèches libératoires de l’adolescence. Les couleurs et les références culturelles servent à traduire les émotions complexes de Blue, oscillant entre rêves et cauchemars. L’auteur trouve dans ces images un moyen de donner forme à son identité queer, tantôt source d’émancipation, tantôt de souffrance.
Le roman graphique *Avec les mecs* de Jules Magistry est publié par les éditions Sarbacane et sortira le 2 septembre. L’auteur, qui vit désormais à Marseille, a retravaillé les images de son adolescence à partir de captures d’écran de *Google Street View*, donnant une impression de temps suspendu et d’isolement. La BD est présentée comme une plongée dans une banlieue pavillonnaire des années 2000, où les normes sociales et les attentes de genre pèsent sur les jeunes, en particulier ceux qui ne s’y conforment pas. L’œuvre est saluée pour sa capacité à capturer l’essence d’une époque et à offrir une réflexion sur l’identité et la libération.

