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Société

La Pologne et l'Ukraine se fâchent: l'union sacrée pro-Kiev est-elle en danger en Europe de l'Est?

Slate FR · mis à jour 3 juil.

En retirant une distinction à Volodymyr Zelensky, le président polonais Karol Nawrocki a déclenché une «guerre des décorations» entre la Pologne et l'Ukraine. L'union sacrée polono-ukrainienne, structurante pour l'effort de guerre de Kiev face à la Russie, est aujourd'hui fissurée sur le plan mémoriel, politique et économique..

Crise diplomatique 2026

En mai 2026, le président ukrainien Volodymyr Zelensky attribue le nom d'une unité militaire d'élite ukrainienne, Héros de l'UPA, à l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA). Cette décision provoque une crise diplomatique avec la Pologne. L'UPA, une unité militaire ukrainienne de la Seconde Guerre mondiale, est en effet accusée par Varsovie d'avoir commis des massacres contre des Polonais, notamment dans la région de la Volhynie entre 1943 et 1945, faisant plus de 100 000 victimes. Le président polonais Karol Nawrocki, proche du parti nationaliste Droit et justice (PiS), réagit en retirant à Zelensky l'Ordre de l'Aigle blanc, la plus haute distinction polonaise. Zelensky répond en restituant cette décoration et en critiquant publiquement le symbole, évoquant d'autres récipiendaires controversés comme Catherine II ou Benito Mussolini.

Fracture mémorielle

La crise entre la Pologne et l'Ukraine repose sur une fracture mémorielle profonde liée à la Seconde Guerre mondiale. En Pologne, les massacres de Volhynie sont considérés comme un génocide, reconnu par une loi de 2016 et commémoré chaque 11 juillet. En Ukraine, l'UPA est héroïsée comme une force de résistance contre l'Union soviétique et la Russie. Cette divergence bloque les recherches historiques depuis 2017, car les autorités ukrainiennes interdisent les exhumations. La figure de Stepan Bandera, nationaliste ukrainien ayant collaboré avec l'Allemagne nazie, est un repoussoir pour la Pologne et Israël, mais reste célébrée en Ukraine. Contrairement au couple franco-allemand, les deux pays n'ont pas institutionnalisé de travail commun sur leur mémoire historique, ce qui aggrave les tensions.

Bascule de l'opinion

En Pologne, le soutien à l'Ukraine s'érode depuis 2023. Selon le centre sociologique polonais CBOS, la sympathie envers les Ukrainiens est passée de 51 % en 2023 à 29 % en 2026, tandis que l'hostilité atteint 43 %. Plusieurs facteurs expliquent ce changement : la présence d'un million de réfugiés ukrainiens en Pologne, perçus comme une concurrence sur le marché du travail et une pression sur l'immobilier, ainsi qu'une rhétorique antimigratoire inspirée de Donald Trump. L'élection de Karol Nawrocki, proche de l'extrême droite, a polarisé le débat. En mars 2026, des restrictions d'accès aux prestations sociales et sanitaires ont encore dégradé la perception des Ukrainiens. Près de 60 % des Polonais s'opposent désormais à l'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne.

Enjeux politiques

La crise entre la Pologne et l'Ukraine a des répercussions politiques. Le Premier ministre polonais Donald Tusk et le ministre des Affaires étrangères Radosław Sikorski ont critiqué la décision de Nawrocki, montrant une division au sein du gouvernement. En République tchèque, le parti d'extrême droite Liberté et démocratie directe, dirigé par Tomio Okamura, demande également le retrait d'une décoration tchèque attribuée à Zelensky. Ces tensions illustrent un sentiment de lassitude plus large en Europe centrale envers l'Ukraine, partagé par des dirigeants comme le Premier ministre slovaque Robert Fico. La Russie, bénéficiaire de ces divisions, mène des campagnes de désinformation pour attiser les conflits, notamment via le réseau de bots Matriochka.

Ce que ça pourrait changer

Cette crise met en lumière les défis de l'élargissement de l'Union européenne (UE) à l'Ukraine et aux Balkans occidentaux. L'UE exige des réformes strictes pour l'adhésion, mais l'Ukraine considère cette adhésion comme une récompense pour son sacrifice militaire. Le chancelier allemand Friedrich Merz a rejeté la perspective d'une adhésion ukrainienne d'ici 2027-2028, la qualifiant d'irréaliste en temps de guerre. L'UE manque d'outils diplomatiques pour gérer les conflits mémoriels, comme l'avait montré précédemment la question des *décrets Beneš* lors de l'adhésion de la République tchèque. Chaque élargissement risque donc de réactiver des tensions historiques, fragilisant le processus d'intégration européenne.

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