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Pour les cinéphiles, le cinéma Beaubien subsiste

Le Devoir · mis à jour il y a 2 j

Il y a 25 ans, une mobilisation sauvait ce haut lieu du cinéma québécois..

Histoire du cinéma

Le cinéma Beaubien, ouvert en 1937, est aujourd’hui le plus ancien cinéma de Montréal à n’avoir jamais interrompu ses projections. À l’époque de son inauguration, la ville comptait 60 théâtres et palaces cinématographiques, des salles de cinéma luxueuses et imposantes. Aucun de ces lieux n’a conservé sa fonction originale sans interruption jusqu’à aujourd’hui. Une nouvelle exposition permanente, intitulée La traversée d’un cinéma de quartier, retrace l’évolution de six de ces cinémas disparus dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie. Par exemple, l’emplacement actuel d’un Pharmaprix à l’angle des rues Saint-Denis et Bélanger abritait autrefois le cinéma Rivoli, tandis que le Château, devenu une église puis un centre d’art circassien, illustre la transformation des lieux culturels.

Sauvetage en 2001

En 2001, le cinéma Beaubien, alors renommé cinéma Dauphin, était menacé de fermeture par son propriétaire, l’entreprise Loews Cineplex, en difficulté financière. Une grande chaîne de pharmacies souhaitait acheter le bâtiment pour y installer une succursale. Face à ce projet, une mobilisation citoyenne, soutenue par des commerces et des personnalités publiques, a permis la création d’un organisme à but non lucratif. Cet organisme a réussi à racheter le cinéma et à le sauver de la fermeture. Ce sauvetage a mis en lumière l’engagement des habitants de Rosemont–La Petite-Patrie, un quartier reconnu pour son dynamisme culturel et son implication communautaire.

Modèle économique

Depuis son rachat en 2001, le cinéma Beaubien fonctionne comme une entreprise d’économie sociale, un modèle où les profits sont réinvestis dans l’établissement plutôt que distribués à des actionnaires. Dirigé pendant plus de 20 ans par Mario Fortin, le cinéma a généré plusieurs millions de dollars de liquidités ces dernières années, entièrement réinvestis dans la rénovation des équipements et des salles. Aujourd’hui, l’établissement emploie 25 personnes et a étendu ses activités en collaborant avec d’autres cinémas. En 2013, il a fusionné ses ressources avec le cinéma du Parc, et en 2018, il a participé à la création du cinéma du Musée en partenariat avec le Musée des beaux-arts de Montréal. Les trois cinémas partagent depuis 2025 une identité commune, Cinéma Cinéma, et utilisent des verres réutilisables pour réduire leur impact écologique.

Programmation culturelle

Le cinéma Beaubien se distingue par sa programmation dédiée au cinéma d’art et d’essai, un genre qui privilégie des films moins commerciaux, souvent francophones ou internationaux. Chaque année, il propose environ 700 films, jouant un rôle clé dans la découvrabilité des œuvres québécoises. Par exemple, pour certains films québécois, jusqu’à 40 % des recettes de billetterie proviennent du cinéma Beaubien. Avec une fréquentation annuelle de 250 000 à 300 000 spectateurs, il influence significativement le succès de ces films. Malgré une clientèle vieillissante (60 ans en moyenne), le cinéma cherche à attirer de nouveaux publics, notamment les enfants, en proposant des séances familiales gratuites le week-end et en accueillant une centaine de groupes scolaires chaque année.

Défis actuels

Malgré une croissance de 27 % de sa fréquentation depuis quatre ans et une autonomie financière à 95 %, le cinéma Beaubien fait face à des défis. Sa situation financière reste fragile, notamment en raison du besoin de remplacer certains équipements de projection. L’un de ses principaux enjeux est de rajeunir sa clientèle, actuellement âgée en moyenne de 60 ans. Pour y remédier, il organise des événements comme la projection extérieure du film C.R.A.Z.Y. lors de la fête de quartier L’été qui reste, en présence des comédiens Danielle Proulx et Émile Vallée. Cet automne, il propose également douze films québécois marquants à 9 $, dans le cadre d’une célébration de son 25e anniversaire de sauvetage.

Ce que ça pourrait changer

Le cinéma Beaubien a joué un rôle majeur dans la revitalisation du quartier Rosemont–La Petite-Patrie. Son existence a contribué à la vitalité commerciale du secteur, attirant des clients qui profitent des commerces environnants après les projections. La directrice générale, Roxanne Sayegh, souligne que le cinéma est un acteur culturel incontournable, offrant une programmation diversifiée et accessible. Bien que d’autres cinémas indépendants au Canada rencontrent des difficultés pour accéder à des films, le Beaubien parvient à maintenir une fréquentation stable et à diversifier ses activités. Son modèle, à la fois économique et social, en fait un exemple de résilience dans le paysage cinématographique québécois.

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