Responsabilité de protéger : prévenir avant qu'il ne soit trop tard
Face à la multiplication des conflits et à la montée des risques d’atrocités, les États doivent agir avant que les premiers signes d’alerte ne se transforment en « fosses communes », a exhorté lundi le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, appelant la communauté internationale à redonner un nouvel élan au principe de la responsabilité de protéger..
En 2005, les États membres des Nations Unies ont adopté un principe appelé responsabilité de protéger (Responsibility to Protect, R2P). Ce concept signifie que chaque pays a d'abord la mission de protéger sa propre population contre quatre crimes graves : le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l'humanité. Si un État échoue dans cette mission, les autres pays se sont engagés à intervenir collectivement, rapidement et de manière décisive, en respectant la Charte des Nations Unies, le texte fondateur de l'ONU qui définit les règles de la coopération internationale. Ce principe a été réaffirmé en 2026 par le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, lors d'un discours devant l'Assemblée générale.
António Guterres a souligné que le principe de responsabilité de protéger est aujourd'hui « plus vital que jamais » en raison d'un contexte international marqué par une escalade des dangers. En 2025, le monde comptait plus de 120 conflits actifs, un nombre record qui reflète des crises prolongées, complexes et interconnectées. Ces conflits s'accompagnent de violations massives du droit international, c'est-à-dire des règles que les pays se sont engagés à respecter pour protéger les populations. Par ailleurs, l'impunité, c'est-à-dire l'absence de conséquences pour les auteurs de crimes, se généralise. À ces menaces traditionnelles s'ajoutent des risques nouveaux liés aux technologies, comme les armes autonomes (comme les drones capables de prendre des décisions sans intervention humaine) qui peuvent causer des dégâts considérables sur les civils, ou encore la propagation instantanée de discours de haine et de fausses informations sur les réseaux sociaux.
Pour éviter les atrocités de masse, António Guterres insiste sur l'importance de la prévention, c'est-à-dire d'agir avant que les tensions ne dégénèrent en violence. Il utilise une image forte : « Nous devons être proactifs et vigilants, et agir avant que les signes avant-coureurs ne deviennent des fosses communes ». Le rapport de l'ONU appelle les États à renforcer leurs mécanismes nationaux de prévention, par exemple en désignant des responsables dédiés à cette tâche et en collaborant avec la société civile. Au niveau international, il recommande d'intégrer la prévention des atrocités dans tous les outils de l'ONU, comme la médiation, la diplomatie préventive, la consolidation de la paix ou l'action humanitaire. La prévention doit aussi concerner des domaines variés, comme la sécurité, les droits humains, les nouvelles technologies et la lutte contre l'impunité.
La responsabilité de protéger ne s'arrête pas une fois les violences terminées. Pour éviter que les atrocités ne se reproduisent, António Guterres souligne la nécessité de garantir la vérité, la justice, la réparation pour les victimes et la réforme des institutions. Il mentionne aussi l'obligation de rendre des comptes, c'est-à-dire que les responsables de crimes doivent être poursuivis. La participation des survivants aux processus de reconstruction est essentielle, tout comme l'intégration d'une perspective de genre, c'est-à-dire la prise en compte des inégalités entre hommes et femmes dans ces efforts. Le Secrétaire général insiste particulièrement sur la nécessité d'assurer une pleine participation des femmes à ces processus. Le rapport cite des exemples de progrès réalisés ces vingt dernières années, comme le renforcement de la justice indépendante, le soutien aux médias libres ou l'intégration de la prévention des atrocités dans les missions humanitaires et de maintien de la paix de l'ONU.

