À la veille de sa 81e Assemblée générale, l’ONU fait face à une crise de confiance
L’ONU le reconnaît elle-même: elle devra regagner la confiance de la communauté internationale..
L’Organisation des Nations unies (ONU) traverse une période critique à l’approche de sa 81e Assemblée générale, qui s’ouvre à New York. Trois crises majeures la secouent : une paralysie du Conseil de sécurité, une perte de légitimité auprès des États membres et une crise budgétaire sans précédent. Le Conseil de sécurité, organe chargé de maintenir la paix et la sécurité internationale, est aujourd’hui considéré comme dépassé par des experts comme Vladyslav Lanovoy, professeur en droit international public. Cette situation s’explique notamment par des conflits impliquant des membres permanents du Conseil, comme la guerre en Ukraine (Russie) ou l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, qui remettent en cause sa capacité à prévenir les guerres. Par ailleurs, les États-Unis ont réduit drastiquement leurs contributions financières à l’ONU, une décision suivie par d’autres pays, aggravant les difficultés budgétaires de l’organisation.
Le thème principal de la 81e Assemblée générale de l’ONU est la restauration de la confiance de la communauté internationale. L’organisation reconnaît elle-même qu’elle doit prouver sa pertinence et justifier chaque euro investi par les États membres. Khalilur Rahman, président de cette session, a déclaré en juin 2026 que l’ONU devait démontrer qu’elle pouvait se réformer pour mériter la confiance des pays. Selon Vincent Pouliot, professeur en science politique, l’ONU doit incarner une force stabilisatrice en temps de crise, en offrant un cadre clair pour résoudre les conflits et en servant de plateforme de dialogue entre les États. Cependant, cette mission est compliquée par les divisions géopolitiques actuelles et la méfiance croissante des États envers l’efficacité de l’organisation.
Le mandat du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, prendra fin à la fin de l’année 2026. Un processus de sélection pour son successeur a débuté en juillet 2026, avec une série de votes informels parmi les États membres. Le candidat retenu devra ensuite être nommé officiellement par l’Assemblée générale d’ici janvier 2027. Plusieurs experts, dont Vincent Pouliot et Joey Hanna (ancien responsable du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés), estiment que le profil du prochain secrétaire général sera déterminant pour redonner une légitimité à l’ONU. Il devra allier des qualités de diplomate et de politicien, tout en étant suffisamment indépendant pour défendre la Charte de l’ONU (texte fondateur de l’organisation) sans aliéner les grandes puissances. Hanna le compare à un funambule, devant naviguer entre indépendance et diplomatie pour conserver la confiance des États.
La crise budgétaire de l’ONU est qualifiée de sans précédent par les experts. Les États-Unis ont réduit de manière draconienne leurs contributions financières, une décision suivie par d’autres pays. Ces compressions obligent l’ONU à restructurer ses ressources humaines, entraînant des suppressions d’emplois et la fermeture de bureaux. Par exemple, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a perdu près de 5 000 emplois et réduit ses effectifs dans 185 bureaux à travers le monde en 2025. Les conséquences sont concrètes : des programmes de scolarisation menacés dans les camps de réfugiés, une réduction des services de protection pour les femmes en Afghanistan et au Soudan, et moins d’aide au logement pour des milliers de personnes déplacées au Liban. Joey Hanna souligne le paradoxe entre les attentes élevées envers l’ONU et la baisse des financements, rendant sa mission de plus en plus difficile.
Les États membres de l’ONU portent une part de responsabilité dans la crise actuelle. Vincent Pouliot rappelle que l’ONU ne peut agir que dans le cadre que les États lui ont fixé. Si l’organisation est critiquée pour son inaction, c’est souvent parce que les États ne lui donnent pas les moyens ou la volonté politique de remplir ses missions. Joey Hanna insiste sur l’importance de la coopération entre les États, une valeur fondatrice de l’ONU depuis sa création en 1945. Il souligne que les pays doivent se réunir pour définir ensemble les priorités de l’ONU et lui permettre d’agir plus efficacement. Vladyslav Lanovoy ajoute que les États ont intérêt à maintenir l’ONU comme plateforme de dialogue et comme acteur de changement, car elle reste un espace où les conflits peuvent être discutés plutôt que résolus par la force.
Un autre défi majeur pour l’ONU est sa capacité à communiquer sur son travail de terrain auprès du grand public. Joey Hanna estime que le prochain secrétaire général devra savoir *parler aux populations* et pas seulement aux diplomates. Il devra expliquer simplement et clairement pourquoi l’ONU compte encore et comment elle améliore concrètement la vie de millions de personnes chaque jour. Cette communication est essentielle pour regagner la légitimité perdue auprès des citoyens et des États. L’ONU doit montrer que ses actions, même limitées, ont un impact réel, comme la distribution d’aide humanitaire ou la protection des droits humains, malgré les contraintes budgétaires et politiques.

