Le visa d’entrée aux États-Unis, outil de chantage face aux dirigeants sud-américains
En Argentine, au Chili et dans le reste de l’Amérique latine, l’administration Trump n’hésite pas à menacer les dirigeants politiques ou les chefs d’entreprise de leur retirer leur visa s’ils ne cèdent pas à ses demandes, en particulier celle de freiner l’influence de la Chine, raconte “The New York Times”..
L’administration de Donald Trump utilise le visa d’entrée aux États-Unis comme un outil de pression politique et économique envers les dirigeants sud-américains. Selon The New York Times, cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer l’influence américaine dans l’hémisphère occidental. Contrairement à des sanctions économiques ou militaires, le visa est décrit comme un levier souple, précis et éminemment personnel, car il cible directement des individus spécifiques. Cette tactique s’ajoute à d’autres méthodes comme les surtaxes douanières, l’ingérence électorale ou des opérations militaires, mais se distingue par son caractère discret et ciblé. L’objectif affiché est de modifier les comportements des cibles plutôt que de les punir directement.
Plusieurs cas illustrent cette stratégie en Amérique latine entre 2025 et 2026. En Argentine, l’ambassade des États-Unis a menacé 18 dirigeants de l’entreprise Calf de retirer leur visa s’ils faisaient appel à la société chinoise Huawei pour exploiter le gisement pétrolier de Vaca Muerta. Au Costa Rica, deux députés ont perdu leur visa après avoir critiqué un décret interdisant les fournisseurs chinois de 5G, comme Huawei. Au Chili, trois hauts fonctionnaires, dont le ministre des Transports, ont vu leur visa révoqué en raison d’un projet chinois de câble sous-marin de 20 000 kilomètres reliant Valparaíso à Hong Kong, jugé risqué pour les intérêts américains. L’ambassadeur américain au Chili, Brandon Judd, a justifié ces sanctions en expliquant qu’elles visaient à modifier les comportements plutôt qu’à punir.
Cette politique s’inscrit dans un contexte de rivalité accrue entre les États-Unis et la Chine pour influencer l’Amérique latine. Les États-Unis cherchent à limiter l’expansion chinoise dans la région, notamment dans les secteurs des télécommunications et de l’énergie. Par exemple, le projet de câble sous-marin chilien, soutenu par la Chine, était perçu comme une menace potentielle de cyberattaques. L’administration Trump utilise donc le visa comme un moyen de dissuasion pour empêcher les pays sud-américains de s’engager dans des partenariats jugés défavorables à ses intérêts. Cette stratégie s’étend aussi à des opposants politiques ou des journalistes, comme au Panama ou au Brésil, où des figures critiques envers les États-Unis ont été ciblées.
Les États-Unis justifient ces mesures par la nécessité de protéger leurs intérêts nationaux et régionaux. Selon l’article, les sanctions en matière de visas ne sont pas présentées comme des punitions, mais comme des incitations à changer de comportement. Par exemple, au Chili, le projet de câble sous-marin a été suspendu après la révocation des visas des responsables impliqués. Cette approche permet aux États-Unis d’exercer une pression indirecte, sans recourir à des mesures plus coercitives comme des sanctions économiques ou des interventions militaires. L’ambassadeur américain au Chili, Brandon Judd, a explicitement indiqué que l’objectif était de modifier les comportements plutôt que de sanctionner.
Cette stratégie soulève des questions sur son efficacité et ses limites. D’un côté, elle permet aux États-Unis d’exercer une pression ciblée et discrète sur des individus clés, sans recourir à des mesures plus radicales. De l’autre, elle peut être perçue comme une ingérence dans les affaires intérieures des pays concernés, ce qui pourrait générer des tensions diplomatiques. Par exemple, au Costa Rica, la révocation de visas pour des députés a été interprétée comme une tentative d’influencer la politique locale. Enfin, cette méthode dépend largement de la coopération des pays visés, qui pourraient choisir de contourner les restrictions en développant des alternatives aux partenariats américains.

