“Israël arrête, la Tunisie emprisonne” : le pouvoir de Kaïs Saïed réprime les voix propalestiniennes
Alors qu’en 2019 le président tunisien, Kaïs Saïed, avait fait campagne sur une défiance vis-à-vis d’Israël et un refus catégorique d’une quelconque normalisation, la répression qui touche en ce moment des militants propalestiniens interroge. Plusieurs membres tunisiens de la Global Sumud Flotilla, qui entendait briser le blocus de Gaza ont été interpellés, et des manifestations de soutien sévèrement réprimées..
En 2019, lors de sa campagne présidentielle, Kaïs Saïed, alors candidat, avait marqué les esprits avec une déclaration forte contre Israël. Il avait qualifié la normalisation des relations avec cet État de haute trahison, une formule qui avait marqué ses partisans. Ceux-ci le présentaient alors comme le candidat de la Palestine, un surnom qui reflétait son opposition catégorique à toute forme de coopération avec Israël. À cette époque, Saïed promettait une politique étrangère alignée sur la cause palestinienne, refusant toute entente avec l’État hébreu. Cette position lui avait valu un soutien populaire important, notamment parmi les Tunisiens sensibles à la question palestinienne.
En octobre 2025, une initiative appelée la Global Sumud Flotilla a tenté de briser le blocus imposé à Gaza par Israël. Cette flottille était composée de dizaines d’embarcations, portées par des militants internationaux, dont des Tunisiens. Leur objectif était de livrer des fournitures et de montrer leur solidarité avec la population palestinienne. Cependant, les gardes-côtes israéliens ont intercepté les navires et renvoyé les membres de la flottille en Tunisie. Parmi eux, au moins sept Tunisiens ont été arrêtés à leur retour, selon des sources comme le média Al-Jazeera. Trois d’entre eux ont depuis été libérés, mais quatre restent incarcérés.
Les militants tunisiens de la flottille sont désormais accusés de blanchiment d’argent et de détournement de dons. Ces chefs d’accusation, souvent utilisés dans des contextes de répression politique, visent à discréditer leur engagement. Wael Naouar, une figure centrale du mouvement, a entamé une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention. Cette pratique, courante dans les luttes pour les droits humains, consiste à refuser toute nourriture jusqu’à ce que les revendications soient satisfaites. Les conditions de détention des militants sont décrites comme difficiles, ce qui alimente les critiques envers le pouvoir tunisien.
En septembre 2026, des manifestations de soutien aux militants emprisonnés ont eu lieu à Tunis, la capitale tunisienne. Ces rassemblements, organisés pour dénoncer les arrestations et les accusations portées contre les membres de la flottille, ont été sévèrement réprimés par les autorités. La répression des mouvements de protestation est un sujet récurrent en Tunisie, où les libertés publiques sont parfois restreintes. Ces événements illustrent un durcissement de la politique du président Kaïs Saïed, qui semble désormais éloigné de ses promesses de 2019 concernant la cause palestinienne.
Depuis son élection en 2019, Kaïs Saïed a adopté une posture très différente de celle affichée lors de sa campagne. Son gouvernement, qui se présentait comme un rempart contre la normalisation avec Israël, réprime désormais les voix propalestiniennes. Cette évolution suscite des interrogations parmi ses anciens partisans et les observateurs internationaux. Le titre provocateur Israël arrête, la Tunisie emprisonne, utilisé par le média Business News, résume cette contradiction. Il souligne le paradoxe entre la répression des militants en Tunisie et les arrestations similaires perpétrées par Israël.
La Tunisie, pays d’Afrique du Nord, est un acteur clé dans le monde arabe en raison de son histoire et de sa position stratégique. Depuis des décennies, la question palestinienne y est un sujet sensible, souvent mobilisateur pour la population. Cependant, les relations internationales de la Tunisie ont évolué, notamment sous la présidence de Kaïs Saïed. Ce dernier, bien que critiqué pour son autoritarisme croissant, reste un personnage central de la scène politique tunisienne. Son changement d’attitude envers Israël et les militants propalestiniens s’inscrit dans un contexte plus large de tensions régionales et de pressions internationales.

