Les raisons du revers judiciaire du prince Harry face au « Daily Mail »
La justice britannique vient de donner raison à l’éditeur du Daily Mail face au prince Harry et à plusieurs autres personnalités qui l’accusaient d’avoir obtenu illégalement des informations privées. Ce revers judiciaire fragilise le combat de Harry contre les tabloïds, malgré ses précédentes victoires contre d’autres groupes de presse, et pourrait marquer la fin d’une longue saga judiciaire sur les pratiques de la presse britannique.
La Haute Cour de justice de Londres a rendu un jugement en faveur du Daily Mail et de son éditeur, Associated Newspapers, dans un procès intenté par le prince Harry et plusieurs autres personnalités publiques. Ces dernières accusaient le journal d’avoir obtenu illégalement des informations privées sur leur vie. Le juge Matthew Nicklin a rejeté les 97 allégations de pratiques illicites, faute de preuves suffisantes. Il a également souligné que le témoignage du prince Harry, bien que détaillé, s’était parfois éloigné de faits objectifs pour défendre ses arguments personnels. Cette décision marque un revers majeur pour Harry, qui avait remporté d’autres procès contre des médias britanniques auparavant.
Les plaignants, dont le prince Harry, Elton John, David Furnish, Liz Hurley et la baronne Doreen Lawrence, n’ont pas réussi à prouver que le Daily Mail avait utilisé des méthodes illégales pour obtenir des informations. Parmi les accusations figuraient l’interception de messages vocaux, la mise sur écoute de lignes fixes et le blagging (obtention d’informations par tromperie). Le juge a estimé que les preuves présentées étaient insuffisantes. Cette absence de démonstration a conduit au rejet total des allégations. Les plaignants risquent désormais de devoir payer jusqu’à 50 millions de livres sterling (58 millions d’euros) pour les frais de justice, une somme que Associated Newspapers pourrait réclamer.
Le prince Harry avait remporté deux autres affaires judiciaires contre des médias britanniques avant ce revers. En décembre 2023, il avait gagné un procès civil contre Mirror Group Newspapers, où le juge avait confirmé que 15 des 33 articles examinés provenaient de pratiques illégales comme des mises sur écoute. Harry avait obtenu 140 600 livres sterling (165 000 euros) de dommages-intérêts. En janvier 2025, il avait également accepté un accord financier estimé à 10 millions de livres sterling (11 millions d’euros) avec The Sun pour atteinte à sa vie privée. Ces victoires précédentes contrastent avec l’échec actuel contre le Daily Mail.
Lors du procès, le prince Harry a livré un témoignage émouvant, décrivant la couverture médiatique du Daily Mail comme « terrifiante » et ayant rendu sa vie « un véritable calvaire ». Il a évoqué sa crainte que ces pratiques ne mettent en danger sa sécurité et celle de sa famille. La baronne Doreen Lawrence, dont le fils Stephen a été assassiné en 1993, a affirmé que le journal avait piraté sa messagerie vocale, mis sa ligne fixe sur écoute et surveillé ses communications. Elle a également soutenu que le Daily Mail aurait rémunéré des policiers pour obtenir des informations. Ces témoignages ont mis en lumière l’impact personnel des pratiques médiatiques sur les plaignants.
Le Daily Mail a vigoureusement contesté les accusations, affirmant que ses journalistes disposaient de sources légitimes et pouvaient retracer l’origine de leurs informations. Le groupe a évoqué l’utilisation d’attachés de presse, de porte-parole et d’informations déjà publiées. Il a également accusé l’équipe juridique du prince Harry de malhonnêteté, de fraude et de manquements professionnels, allant jusqu’à évoquer des paiements versés à des témoins potentiels. L’un des principaux témoins, le détective privé Gavin Burrows, a nié avoir signé une déclaration incriminant le Daily Mail, qualifiant celle-ci de falsifiée. Le juge a estimé que la crédibilité de Burrows avait été « complètement ébranlée ».
Le *Daily Mail* a salué cette décision comme une « victoire historique » pour ses journalistes et la liberté de la presse. Un porte-parole d’*Associated Newspapers* a qualifié le jugement de « victoire écrasante ». Le collectif *Hacked off*, qui milite pour une presse responsable, a indiqué qu’un appel contre cette décision était peu probable, estimant que les tribunaux ne sont pas adaptés pour examiner exhaustivement les allégations contre le *Daily Mail*. Le prince Harry a qualifié ce jugement de « blanchiment », mais rien n’indique qu’il poursuivra son combat judiciaire. Pour les autres plaignants, cette défaite coûteuse pourrait avoir un effet dissuasif sur d’éventuelles futures actions en justice.

