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Steven Polet : "On ne s’en sort jamais vraiment quand on passe par l’Aide sociale à l’enfance"

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 2 j

Le Picard de 34 ans a vécu de ses 8 ans jusqu’à ses 19 ans sous protection de l’Aide sociale à l’enfance. Après avoir subi plusieurs traumatismes, il a grandi dans plusieurs familles d’accueil.

Enfance marquée par la violence

Steven Polet, aujourd’hui âgé de 34 ans, a vécu une enfance profondément traumatisante. À 5 ans, son père quitte le foyer familial et ne sera que très peu présent par la suite. À 8 ans, sa mère rencontre un nouveau compagnon, qui devient rapidement violent à son égard. Ce beau-père lui inflige des violences physiques ainsi que des agressions sexuelles, un drame qu’il subit jusqu’à ses 11 ans. Parallèlement, il endure des violences psychologiques, comme des punitions absurdes : son beau-père l’oblige à recopier des centaines de lignes sur des règles de vie quotidienne, comme ne pas faire tomber sa fourchette. Ces abus ne sont pas remarqués par son entourage jusqu’à ce qu’un camarade de classe, alerté par son cahier rempli de punitions, comprenne l’ampleur des maltraitances et alerte une assistante sociale. À partir de ce moment, une procédure de protection de l’enfance est engagée, marquant le début d’une prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

Protection de l’enfance : parcours chaotique

À partir de 8 ans, Steven est placé sous la protection de l’ASE, un dispositif qui vise à protéger les mineurs en danger. Il alterne entre un internat en semaine et des retours en famille le week-end, mais les violences persistent. Il est finalement placé en famille d’accueil, une solution qui lui évite d’être envoyé en foyer, mais qui s’avère instable : il change quatre fois de famille en deux ans. Certaines familles ne sont pas bienveillantes, comme celle qui lui ordonne de jeter son doudou à 12 ans, lui rappelant qu’il n’est plus un enfant. Cette instabilité l’amène à se protéger en évitant de s’attacher, car il sait que tout peut s’arrêter brutalement. Malgré ces difficultés, il finit par trouver une famille d’accueil où il se sent mieux, même s’il reste prudent. L’ASE, qui dépend des départements français, a pour mission d’accompagner ces mineurs protégés, mais son parcours illustre les lacunes de ce système, notamment en termes de stabilité et de bienveillance.

Syndrome post-traumatique et arrêt maladie

À 34 ans, Steven souffre encore des séquelles de son enfance traumatisante. Neuf mois avant l’entretien, il est en arrêt maladie pour soigner un syndrome de stress post-traumatique (SSPT), une maladie mentale qui se manifeste par des symptômes comme des flashbacks, des crises d’angoisse ou une dépression. Ce syndrome est directement lié aux violences subies dans son enfance. Il explique que ces troubles sont apparus brutalement, alors qu’il allait bien, mais que le cerveau peut déclencher ces alertes quand la personne est prête à les affronter. Il suit actuellement une thérapie avec un psychiatre et se dit prêt à reprendre le travail. Son parcours montre que les traumatismes de l’enfance peuvent resurgir bien plus tard, même après des années de stabilité apparente.

Échec scolaire et sortie de l’ASE

À 18 ans, Steven atteint la limite d’âge pour bénéficier de l’accompagnement de l’ASE, une situation appelée sortie sèche. Il rate son baccalauréat et se retrouve sans filet social. Bien qu’un studio lui soit proposé pour redoubler sa terminale, il échoue à nouveau et perd ce soutien. Sans ressources, il est hébergé par la famille de sa petite-amie, ce qui lui permet de poursuivre ses études et d’obtenir un BTS. Ce parcours illustre les risques des sorties sèches, où les jeunes majeurs quittent brutalement le système de protection sans accompagnement suffisant. Steven milite aujourd’hui pour faire respecter la loi sur le contrat jeune majeur, qui oblige les départements à accompagner les jeunes jusqu’à 21 ans, même s’ils ne réussissent pas leurs études ou n’ont pas de ressources. Cependant, il constate que cette loi n’est pas toujours appliquée, laissant certains jeunes sans logement ni soutien.

Engagement associatif et réformes

Steven Polet s’investit dans l’association ADEPAPE (Association pour le Développement et l’Entraide des Personnes Accueillies en Protection de l’Enfance), dont il a créé l’antenne dans la Somme. Cette association milite pour améliorer le système de protection de l’enfance, notamment en dénonçant les manquements des départements. Il critique le non-respect du contrat jeune majeur, où des jeunes se retrouvent à la rue malgré la loi. Il regrette aussi le manque de moyens alloués à son association, qui peine à communiquer sur ses actions auprès des jeunes protégés. Steven utilise les réseaux sociaux pour alerter sur ces dysfonctionnements et partager son expérience. Il souligne que l’ASE dispose de psychologues dédiés, mais que leur accompagnement peut échouer si la relation thérapeutique ne s’établit pas, un problème qu’il a lui-même rencontré.

Écriture comme thérapie et transmission

Depuis son adolescence, Steven écrit régulièrement, accumulant plus de 1 000 notes sur son téléphone. Il publie certains de ses textes sur les réseaux sociaux ou dans un recueil sorti il y a deux ans. L’écriture lui sert d’exutoire pour exprimer ses traumatismes, notamment l’inceste qu’il n’a révélé que récemment. Il utilise aussi l’écriture pour accompagner d’autres jeunes, comme une jeune fille qu’il a aidée à participer à une scène ouverte de slam. Bien que l’ASE soit de plus en plus médiatisée, Steven estime que des réformes sont nécessaires, notamment pour améliorer l’accompagnement psychologique. Il assume son engagement malgré les conseils de ceux qui lui suggèrent de prendre de la distance, car cela lui permet de donner un sens à son parcours.

Ce que ça pourrait changer

Steven est aujourd’hui père de deux enfants, âgés de 8 et 3 ans. Il aborde très succinctement son passé avec eux, répondant aux questions de son aîné par une phrase simple : *« Mes parents étaient méchants »*. Il prévoit d’en dire plus quand ses enfants seront plus grands. Devenir père a été un moment à la fois de bonheur et d’angoisse, car il craignait de reproduire les erreurs de ses propres parents ou de les abandonner. Il en parle régulièrement avec son psychologue pour éviter que ses traumatismes ne se transmettent à sa famille. Son parcours montre que les séquelles d’une enfance maltraitée peuvent influencer la parentalité, même des décennies plus tard, et que le travail thérapeutique reste essentiel pour briser ce cycle.

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