La mémoire s'abîmerait quand la santé des bactéries intestinales se dégrade, selon une étude de Stanford chez la souris
On croit encore que la mémoire s’use uniquement dans le cerveau, à mesure que les années passent. Pourtant, certaines personnes très âgées gardent l’esprit vif quand d’autres déclinent dès la cinquantaine.
La mémoire est souvent associée à un déclin inévitable avec l’âge, comme si le cerveau était le seul responsable de son usure. Pourtant, des observations montrent que certaines personnes âgées conservent une mémoire intacte, tandis que d’autres subissent des pertes cognitives dès la cinquantaine. Cette variabilité suggère que d’autres facteurs, en dehors du cerveau, pourraient influencer le vieillissement cérébral. Une étude récente menée par des biologistes de l’université de Stanford, publiée en 2024, explore cette piste en analysant l’axe intestin-cerveau chez la souris. Cet axe désigne la communication bidirectionnelle entre le système digestif et le système nerveux central, via des signaux chimiques et nerveux. Les chercheurs ont cherché à comprendre comment la santé des bactéries intestinales, appelées microbiote intestinal, pourrait jouer un rôle clé dans le maintien ou la dégradation des fonctions cognitives.
Le microbiote intestinal est l’ensemble des milliards de bactéries vivant dans notre intestin, souvent surnommées la « deuxième cerveau » en raison de leur influence sur la santé. Ces bactéries produisent des molécules comme les acides gras à chaîne courte (AGCC), qui agissent comme des messagers chimiques pour le cerveau. L’étude de Stanford a révélé que lorsque le microbiote intestinal d’une souris vieillit prématurément, la mémoire de l’animal se dégrade plus rapidement. En comparant des souris âgées de 10 mois (équivalent à environ 60 ans chez l’humain) avec des souris plus jeunes, les chercheurs ont observé que les premières présentaient des troubles de la mémoire spatiale et une réduction de 30 % des AGCC dans leur intestin. Ces molécules, comme l’acétate ou le butyrate, sont essentielles pour nourrir les cellules du cerveau et réduire l’inflammation. Leur baisse pourrait donc accélérer le vieillissement cérébral.
L’axe intestin-cerveau fonctionne grâce à un réseau complexe de signaux : nerveux (via le nerf vague), hormonaux et immunitaires. Les bactéries intestinales influencent directement ce système en produisant des métabolites comme les AGCC, mais aussi en régulant la production de cytokines, des molécules qui modulent l’inflammation. Dans l’étude, les chercheurs ont transplanté le microbiote de souris âgées dans des souris jeunes. Résultat : ces dernières ont développé des troubles de mémoire similaires à ceux des souris âgées, confirmant que le microbiote joue un rôle causal. À l’inverse, lorsque des souris âgées recevaient un microbiote jeune, leur mémoire s’améliorait. Ces expériences suggèrent que la santé du microbiote pourrait être une cible pour prévenir ou ralentir le déclin cognitif, sans nécessairement agir directement sur le cerveau.
Bien que l’étude ait été menée sur des souris, ses résultats ouvrent des perspectives pour l’humain. En effet, le microbiote humain et celui des rongeurs partagent des similitudes, notamment dans leur rôle sur la production d’AGCC et la régulation de l’inflammation. Les chercheurs de Stanford estiment que des déséquilibres du microbiote, comme ceux causés par une alimentation pauvre en fibres ou la prise d’antibiotiques, pourraient accélérer le vieillissement cérébral. À l’inverse, une alimentation riche en fibres (fruits, légumes, céréales complètes) ou la consommation de probiotiques pourrait soutenir la santé cognitive. Cependant, l’étude souligne que ces hypothèses nécessitent des recherches supplémentaires chez l’humain pour être confirmées. Elle ne propose pas encore de solution directe, mais elle met en lumière un nouveau champ d’investigation pour comprendre et potentiellement agir sur le déclin de la mémoire.

