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Société

Les grands singes rient exactement comme nous et ça en dit long sur nos ancêtres

Slate FR · mis à jour 1 juil.

C'est ce qu'a démontré une étude menée à coup de chatouilles, qui nous aide à mieux comprendre l'évolution du langage..

Rire des grands singes

Une étude récente a analysé le rire de quatre orangs-outans, trois bonobos, deux gorilles et quatre chimpanzés en les chatouillant. Les chercheurs ont découvert que ces grands singes produisent des rires avec un rythme régulier, comparable à un métronome, où les vocalisations sont espacées de manière égale. Cette caractéristique est également présente dans le rire humain. Les espèces étudiées, toutes des grands singes, partagent donc cette particularité vocale, suggérant une origine commune. Les chercheurs, dont Chiara De Gregorio, ont été surpris par la régularité du rythme chez ces animaux, souvent considérés comme éloignés de l'être humain. Cette découverte repose sur l'observation de 13 individus répartis dans plusieurs espèces, ce qui renforce la validité des résultats.

Ancêtre commun il y a 15 millions d'années

Les résultats de l'étude indiquent que le rire rythmiquement régulier existait déjà chez l'ancêtre commun des grands singes et des humains, il y a environ 15 millions d'années. Chiara De Gregorio, chercheuse impliquée dans l'étude, a expliqué que cette régularité suggère une conservation remarquable du trait vocal au fil de l'évolution. Avant cette étude, elle s'attendait à observer plus d'irrégularités dans le rire des espèces les plus distantes des humains. La persistance de ce rythme suggère que le rire tel que nous le connaissons aujourd'hui trouve ses racines dans un lointain passé évolutif, bien avant la séparation des lignées menant aux humains modernes et aux grands singes actuels.

Différences entre humains et singes

Bien que le rire des grands singes et des humains partage une base rythmique commune, les humains ont développé une capacité unique : adapter leur rire au contexte social. Par exemple, un humain rit plus vite lorsqu'il est chatouillé que lors d'un jeu, alors que les chimpanzés, bonobos, orangs-outans et gorilles maintiennent un rire similaire quelle que soit la situation. Chez les grands singes, le rire semble avoir évolué comme un signal stéréotypé, principalement utilisé dans des contextes limités comme le jeu ou les chatouilles. En revanche, les humains ont diversifié leur rire, pouvant produire des rires polis, incontrôlables, ironiques ou forcés pour transmettre des messages complexes. Cette flexibilité reflète une maîtrise accrue des intonations vocales, essentielle pour l'émergence de la parole et du langage.

Contrôle vocal et langage

Le rire n'est pas considéré comme un langage, mais il repose sur une capacité commune : le contrôle et la modulation des sons produits. Les chercheurs ont observé que cette capacité de modulation existe sous forme de continuum, d'autant plus développée que l'espèce est proche de l'être humain. Par exemple, les chimpanzés ont une modulation plus avancée que les gorilles, mais moins que les humains. Cette évolution progressive suggère que le contrôle des vocalisations s'est mis en place au fil des millions d'années, depuis les premiers rires jusqu'à l'émergence de la parole. Cette découverte met en lumière un lien entre le rire et le développement du langage, deux traits qui partagent des mécanismes vocaux similaires.

Ce que ça pourrait changer

Les résultats de l'étude ouvrent une perspective sur le rire des Néandertaliens, nos cousins disparus. Chiara De Gregorio suggère que ces derniers produisaient probablement un rire rythmiquement régulier, similaire à celui des grands singes actuels. Cependant, leur rire aurait été plus variable que celui des singes, mais moins flexible que celui des humains modernes. En d'autres termes, les Néandertaliens riaient, mais avec une capacité de modulation moins développée que la nôtre. Cette hypothèse repose sur l'idée que le rire rythmiquement régulier est un trait ancestral partagé, tandis que la diversité du rire humain est une évolution plus récente. Cela permet d'imaginer une scène où les Néandertaliens partageaient des moments de rire avec nos ancêtres, il y a des dizaines de milliers d'années.

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