Les partis presque muets à propos des éoliennes
«Le Devoir» a sollicité leur opinion sur la stratégie éolienne actuelle du Québec..
Le Québec investit plus de 30 milliards d’euros sur dix ans pour tripler sa production d’énergie éolienne, passant à 10 000 mégawatts. Cette énergie renouvelable est présentée comme essentielle pour remplacer le pétrole et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cependant, malgré l’ampleur de ce projet, les partis politiques québécois en parlent très peu pendant la campagne électorale. Hydro-Québec, l’entreprise publique d’électricité, est chargée de mener ce chantier. Les éoliennes sont souvent installées dans des zones rurales, ce qui suscite des débats sur leur impact environnemental et social. Par exemple, certains agriculteurs et écologistes s’opposent à ces installations pour préserver les paysages ou les écosystèmes locaux.
Les cinq principaux partis politiques du Québec (Parti québécois, Coalition avenir Québec, Parti libéral, Parti conservateur et Québec solidaire) mentionnent très peu l’énergie éolienne dans leurs programmes électoraux. Le Parti québécois, par exemple, ne parle pas une seule fois de l’éolien dans son plan environnemental de 60 pages, pourtant centré sur la décarbonation. Seuls le Parti libéral et Québec solidaire ont répondu aux questions des médias sur le sujet. La CAQ et le Parti libéral soutiennent la stratégie actuelle d’Hydro-Québec, tandis que Québec solidaire propose de suspendre temporairement les projets éoliens en cours d’étude pour réévaluer les besoins énergétiques du Québec. Le Parti conservateur privilégie l’hydroélectricité et le gaz naturel, tout en reconnaissant un rôle pour l’éolien sous conditions d’acceptabilité sociale.
L’énergie éolienne divise la population québécoise. Dans certaines régions, comme la Gaspésie ou la Mauricie, les communautés locales et les élus locaux soutiennent activement les projets d’éoliennes, perçues comme une source d’emplois et de revenus. À l’inverse, d’autres groupes, notamment des agriculteurs et des défenseurs de l’environnement, s’y opposent fermement. Ils critiquent l’impact visuel des turbines, leur bruit, ou encore la fragmentation des habitats naturels. Le Parti libéral promet d’écouter davantage les préoccupations locales pour améliorer l’acceptabilité sociale des projets. Le Parti conservateur insiste aussi sur le respect des communautés, tout en développant d’autres sources d’énergie comme l’hydroélectricité ou le gaz naturel.
Hydro-Québec, l’entreprise publique québécoise chargée de la production et de la distribution d’électricité, joue un rôle clé dans le développement de l’éolien. Sous le gouvernement de la CAQ, Hydro-Québec a signé des ententes avec des Premières Nations pour des projets éoliens de plus de 1 000 mégawatts. Ces projets sont souvent situés dans des « zones structurantes », où des centaines de turbines doivent être installées. Cependant, certains acteurs du secteur énergétique critiquent le manque de transparence et la qualité du Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE) publié en juin 2026. Ce plan, censé guider la transition énergétique du Québec sur 25 ans, est jugé « bâclé » par plusieurs experts, dont le PQ et Québec solidaire, qui promettent de le réviser.
La majorité des projets éoliens au Québec visent à alimenter le réseau électrique public, bénéficiant ainsi à l’ensemble de la population. Cependant, deux projets privés suscitent des critiques. Le premier, porté par TES Canada en Mauricie, vise à alimenter une usine d’hydrogène. Le second, développé par Kino Aski (Marinvest) sur la Côte-Nord, est destiné à liquéfier du gaz naturel. Ces projets sont critiqués car ils ne profitent pas directement à la collectivité et posent des questions sur l’utilisation des ressources énergétiques. À l’inverse, l’entente sur le complexe hydroélectrique de Churchill Falls, signée en août 2026, est au cœur des débats électoraux, notamment pour Christine Fréchette, qui lie son avenir politique à cette entente.
Malgré ses richesses hydroélectriques, le Québec dépend encore à 52 % des combustibles fossiles pour son énergie, principalement en raison des transports. Cette dépendance pose un défi majeur pour la transition énergétique. Normand Mousseau, directeur scientifique de l’Institut de l’énergie Trottier, souligne que les partis politiques ne proposent pas de vision claire pour l’avenir énergétique du Québec. Il rappelle que la révision des besoins en énergie, proposée par Québec solidaire, a déjà été réalisée par le passé. Pour Mousseau, le Québec a besoin d’une source d’énergie plus diversifiée, notamment face aux défis posés par la sécheresse et la baisse des niveaux des réservoirs hydroélectriques.

