À voir au cinéma: «Naza», en salles deux jours seulement
Le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor est un événement sur le plan de l'information, du cinéma et de la stratégie politique..
Le documentaire Naza, réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, sort en salles en France les 12 et 13 octobre 2026, dans 500 salles. Il sera ensuite disponible gratuitement sur la chaîne YouTube du Guardian à partir de fin novembre 2026. Le film est composé de témoignages anonymes de membres des forces armées et des services secrets israéliens, révélant les procédures employées à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Il a déjà marqué les esprits lors de sa projection au Festival de Venise, suscitant une ovation et des réactions vives en Israël, notamment de la part du gouvernement et des médias d'extrême droite.
Le film apporte trois types d'informations majeures. D'abord, il détaille les méthodes utilisées pour commettre des crimes de masse à Gaza, comme l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) pour cibler des civils. Ensuite, il révèle l'état d'esprit des soldats et agents israéliens, souvent jeunes et masculins, qui décrivent avec une certaine fierté leurs actions, évoquant une domination méthodique sur les Palestiniens. Enfin, il montre comment ces pratiques s'inscrivent dans le quotidien d'une ville israélienne comme Tel Aviv, où la vie continue normalement, contrastant avec la destruction à Gaza. Le film souligne que ce sont des humains qui conçoivent et utilisent ces outils, et non l'IA elle-même.
Le tournage a été réalisé de manière minimaliste : les entretiens ont eu lieu la nuit, sur un toit à Tel Aviv, avec les visages des témoins dans l'ombre et celui de l'interviewer visible. Ce choix, dicté par des raisons de sécurité, renforce l'impact du film. Le langage corporel, les voix et les silences des témoins deviennent ainsi plus saisissants. Le film utilise aussi des croquis techniques pour expliquer les procédures de ciblage. Cette approche, inspirée de l'œuvre Shoah de Claude Lanzmann, permet de transmettre une horreur plus profonde que des images directes, en activant l'imaginaire du spectateur.
Le film a provoqué une déflagration médiatique et politique, notamment parce que ses réalisateurs sont israéliens. Yuval Abraham et Rachel Szor font partie d'un petit groupe de journalistes et d'associations, comme +972 Magazine, B'Tselem et Breaking the Silence, qui dénoncent les exactions de l'armée israélienne malgré les persécutions. Leur travail est perçu comme une arme contre la propagande sioniste. Le film soulève aussi des questions sur le boycott des productions israéliennes et invite à réfléchir sur les usages stratégiques de ce type de documentaires.
Le documentaire s'inscrit dans un contexte de violence prolongée à Gaza, où des bombardements et des tueries ont lieu depuis trois ans. Il contredit le narratif israélien selon lequel le 7 octobre 2023, date de l'attaque du Hamas, serait un événement isolé. Les réactions en Israël ont été vives, avec des attaques en ligne massives contre le film, ce qui témoigne de son impact. Le film est produit par Jonathan Glazer, réalisateur de *La Zone d'intérêt*, et a été primé à la Berlinale et aux Oscars pour *No Other Land*, un précédent documentaire des mêmes réalisateurs.

