Un traitement contre l’endométriose montre des résultats prometteurs chez la souris
Des chercheurs ont modifié un médicament utilisé dans le traitement contre le ténia pour cibler des cellules impliquées dans les lésions caractéristiques d’endométriose, une maladie qui touche des millions de personnes..
L’endométriose est une maladie chronique et douloureuse qui touche environ 190 millions de personnes dans le monde. Elle se caractérise par le développement de cellules similaires à celles de la muqueuse utérine (endomètre) en dehors de l’utérus, par exemple dans les ovaires, les trompes ou le péritoine. Ces cellules, normalement présentes uniquement dans l’utérus, réagissent aux hormones du cycle menstruel et provoquent des inflammations, des douleurs intenses et parfois des complications comme l’infertilité. Les traitements actuels incluent des médicaments hormonaux, des anti-inflammatoires ou des interventions chirurgicales, mais ils ne sont pas toujours efficaces ou adaptés à toutes les patientes. La recherche d’alternatives moins invasives et plus ciblées est donc un enjeu majeur pour améliorer la qualité de vie des personnes concernées.
Le niclosamide est un médicament initialement développé pour traiter les infections parasitaires, notamment le ténia, un ver intestinal. Son mécanisme d’action repose sur l’inhibition de la fixation du glucose par le parasite, ce qui le prive d’énergie et entraîne sa destruction. Bien que son usage soit principalement vétérinaire ou humain contre les parasites, des recherches récentes explorent son potentiel pour d’autres applications médicales, comme l’endométriose. Les scientifiques ont remarqué que ce composé possède des propriétés anti-inflammatoires et pourrait cibler des cellules spécifiques impliquées dans la maladie. Cette polyvalence en fait un candidat intéressant pour des traitements innovants, même si son utilisation dans de nouvelles indications reste à valider.
En 2022, des chercheurs ont identifié que certaines cellules immunitaires impliquées dans l’endométriose possèdent des récepteurs pour l’acide folique, une vitamine essentielle au bon fonctionnement cellulaire. Cette découverte a ouvert la voie à une approche thérapeutique ciblée : modifier le niclosamide pour qu’il se fixe spécifiquement sur ces récepteurs foliques, présents en excès dans les lésions endométriosiques. L’objectif est de livrer le principe actif directement aux cellules malades, limitant ainsi les effets secondaires sur les autres tissus. Cette stratégie repose sur le principe de la thérapie ciblée, déjà utilisée dans certains cancers, où le médicament agit uniquement sur les cellules anormales.
Une étude récente, publiée en août 2026 dans la revue Advanced Healthcare Materials, a testé cette version modifiée du niclosamide sur des souris présentant des lésions endométriosiques. Les résultats montrent une réduction significative du nombre et de la taille des lésions chez les souris traitées, comparées au groupe témoin. De plus, le médicament modifié reste actif dans les cellules pendant au moins deux semaines, ce qui suggère une efficacité prolongée. Ces observations sont d’autant plus prometteuses qu’elles confirment les effets anti-inflammatoires et anti-prolifératifs du niclosamide, déjà observés dans des études antérieures. Cependant, ces résultats restent préliminaires et nécessitent des essais cliniques chez l’humain pour confirmer leur pertinence.
Si ces travaux sont encore au stade précoce, ils représentent une avancée majeure vers des traitements non chirurgicaux et non hormonaux de l’endométriose. Contrairement aux thérapies actuelles, souvent limitées par leurs effets secondaires ou leur manque de spécificité, cette approche pourrait offrir une solution plus ciblée et moins invasive. Les chercheurs, comme Kanako Hayashi de l’université d’État de Washington, soulignent l’urgence de poursuivre les recherches, d’autant que des patientes atteintes d’endométriose ont déjà manifesté leur intérêt pour participer à de futures études. Cependant, le passage à l’essai clinique chez l’humain prendra plusieurs années, le temps de valider l’innocuité et l’efficacité du traitement à grande échelle.
Elise Courtois, spécialiste en biologie moléculaire au Jackson Laboratory, qualifie ces résultats de « premier pas très encourageant » vers des alternatives thérapeutiques pour l’endométriose. Elle souligne que cette étude ouvre la porte à des traitements innovants, mais rappelle que de nombreuses étapes restent à franchir avant une application clinique. Les chercheurs insistent également sur la nécessité de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents de la maladie pour affiner les stratégies thérapeutiques. En parallèle, les retours des patientes, souvent en quête de solutions, rappellent l’impact humain de cette recherche et l’importance de ne pas laisser cette piste de côté.

