Elinor Frey et ses concertos bien rodés
La violoncelliste et gambiste a présenté à Montréal des œuvres de Carl Philipp Emanuel Bach..
Le 14 octobre 2026, l'Accademia de’ Dissonanti a donné son premier concert de la saison 2026-2027 à la salle Bourgie de Montréal. Ce concert, dirigé par la violoncelliste Elinor Frey, mettait en vedette deux Concertos pour violoncelle de Carl Philipp Emanuel Bach (dits Wq 170 et Wq 171), enregistrés récemment par Frey pour le label Channel Classics. Le programme était complété par des œuvres de Vivaldi (Concertos pour cordes RV 127 et RV 152) et de Jean-Sébastien Bach (Toccata BWV 912). L’ensemble comptait sept musiciens accompagnés d’un clavecin, reflétant les effectifs réduits typiques des orchestres de Hambourg au XVIIIe siècle. La salle Bourgie était remplie, malgré les défis de remplissage parfois rencontrés par d’autres institutions comme Arion.
Elinor Frey et l’Accademia de’ Dissonanti ont privilégié une interprétation axée sur la finesse, la transparence et la légèreté, en opposition aux enregistrements analytiques ou « radiographiques » souvent critiqués pour leur manque de naturel. La critique souligne que cette approche correspond mieux à l’essence esthétique des œuvres de Carl Philipp Emanuel Bach, où la subtilité des dynamiques et l’équilibre des contrastes priment sur la puissance sonore. Les musiciens ont démontré une grande complicité, notamment dans les passages où des arrêts et reprises (ritournelles) nécessitent une synchronisation parfaite. Cependant, l’article mentionne quelques imperfections mineures, attribuées à l’aspect « artisanal » de cette interprétation en direct, par opposition à la perfection des enregistrements en studio.
Les Concertos pour violoncelle de Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788), fils de Jean-Sébastien Bach, ont été composés à Hambourg où il était claveciniste à la cour du roi de Prusse. Les effectifs orchestraux de l’époque variaient selon les œuvres : entre 12 et 20 musiciens pour les concertos à cordes, et jusqu’à une quarantaine pour les pièces incluant des instruments à vent. L’Accademia de’ Dissonanti a choisi de jouer avec un effectif minimal de sept musiciens plus un clavecin, ce qui correspond aux témoignages historiques, mais diffère des interprétations modernes plus larges. La critique rappelle qu’un enregistrement de référence existe avec le violoncelliste Truls Mørk et l’ensemble Les Violons du Roy dirigé par Bernard Labadie, offrant une alternative plus étoffée.
La saison 2026-2027 de l’Accademia de’ Dissonanti comptera trois autres concerts, chacun dans un lieu différent de Montréal. Le prochain rendez-vous est prévu en février 2027 avec l’ensemble Il Gardellino à Notre-Dame-de-Bon-Secours. En mars 2027, une soirée sera consacrée à la mezzo-soprano Krisztina Szabó, tandis qu’en mai 2027, le pianiste Yi-heng Yang sera à l’honneur. Ces concerts s’inscrivent dans une programmation variée, mêlant répertoire baroque et classique, et mettant en avant la collaboration entre solistes et ensembles locaux.
La critique souligne que l’interprétation en direct, bien que parfois imparfaite, offre une expérience plus vivante et humaine que les enregistrements. Elle compare cette approche à un artisanat musical, où l’imperfection fait partie de l’authenticité. L’article note également que la salle Bourgie, souvent confrontée à des défis de fréquentation pour des concerts similaires, a attiré un public nombreux ce soir-là. Cette affluence est présentée comme un signe de reconnaissance pour une programmation ambitieuse et un choix artistique audacieux, loin des standards commerciaux des grandes salles symphoniques.

