La Chine et les États-Unis exportent leur crise en Europe
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Les déséquilibres mondiaux désignent les écarts entre les comptes courants des pays, c'est-à-dire la différence entre ce qu'un pays exporte (vente de biens et services à l'étranger) et ce qu'il importe (achats de biens et services à l'étranger). Un pays en excédent, comme la Chine en 2025 avec 1 200 milliards de dollars d'exportations, prête aux pays en déficit, comme les États-Unis, qui consomment plus qu'ils ne produisent. L'Europe, avec un petit excédent en baisse, se situe entre ces deux géants. Ces déséquilibres sont dangereux car ils peuvent mener à des tensions commerciales ou financières, comme lors des crises de 1985 ou 2007-2008. Par exemple, les États-Unis financent leur déficit en empruntant à l'étranger, tandis que la Chine exporte massivement pour soutenir sa croissance industrielle.
Les déséquilibres commerciaux s'accompagnent de flux financiers complexes. Par exemple, la Chine accumule des créances sur les États-Unis en achetant des obligations américaines, tandis que les États-Unis dépendent de ces financements pour maintenir leur niveau de consommation. En 2007-2008, ces mécanismes ont contribué à la crise financière mondiale. Aujourd'hui, les mêmes acteurs sont toujours présents, et les risques de surendettement ou de bulles spéculatives persistent. L'Europe, bien que moins exposée, n'est pas à l'abri : des pays comme l'Espagne ou l'Irlande avaient été touchés en 2008 par des crises immobilières financées par des capitaux étrangers. Ces déséquilibres peuvent aussi alimenter le protectionnisme, comme le montrent les tensions actuelles entre les États-Unis et la Chine.
Les modèles économiques des États-Unis et de la Chine sont pointés du doigt. Aux États-Unis, une dépense budgétaire excessive alimente la demande intérieure, tandis qu'en Chine, l'investissement est trop orienté vers l'industrie et l'exportation, au détriment de la consommation des ménages. Par exemple, la consommation chinoise reste faible malgré la taille de l'économie, car les ménages épargnent davantage pour faire face aux incertitudes économiques. Ces déséquilibres structurels risquent de persister si ces pays ne réforment pas leurs politiques. L'Europe, quant à elle, doit accélérer ses investissements productifs pour éviter de subir ces déséquilibres.
L'eurosclérose désigne un ralentissement durable de la croissance économique en Europe, comparable à celui des années 1970-1980. Depuis des décennies, l'Europe mise sur le marché unique, l'ouverture commerciale et une politique de concurrence stricte, sans politique industrielle active. Ce modèle a permis à l'Europe d'exporter ses normes mondiales, comme le RGPD (règlement général sur la protection des données). Cependant, l'Europe peine à innover dans les secteurs clés comme l'intelligence artificielle ou la robotique, où les États-Unis et la Chine dominent. Pierre Wunsch souligne que ce modèle, bien qu'efficace dans un monde régi par des règles, est inadapté à un environnement géopolitique plus conflictuel.
L'Europe doit adapter son modèle pour faire face à un monde où les règles ne sont plus respectées et où la géopolitique influence les échanges. Par exemple, les États-Unis, sous l'administration Trump, utilisent le commerce comme levier politique, comme en témoignent les menaces de droits de douane sur des éoliennes écossaises. L'Europe doit donc relier ses politiques de défense, de commerce et d'environnement pour défendre ses intérêts. Cela implique d'accepter une intervention exceptionnelle dans l'économie, comme des subventions ciblées ou des barrières commerciales, tout en maintenant un cadre réglementaire strict. L'objectif est de concilier 40 ans de respect des règles avec la nécessité de protéger des secteurs stratégiques.
Pour protéger son marché, l'Europe dispose d'outils comme la clause de sauvegarde du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), qui permet d'imposer temporairement des droits de douane ou des quotas face à un afflux d'importations nuisible. Cependant, cette clause est rarement utilisée en raison de sa complexité juridique. Hélène Rey propose de la simplifier pour la rendre plus accessible. D'autres outils, comme les mesures antisubventions ou antidumping, existent mais couvrent seulement une partie des exportations chinoises. L'Europe doit aussi se protéger contre la coercition économique, par exemple en diversifiant ses approvisionnements en minerais critiques, largement contrôlés par la Chine.
La Chine représente un défi unique pour l'Europe en raison de sa politique industrielle agressive et de son manque de transparence. Par exemple, son excédent commercial s'explique par des aides ciblées à l'exportation et une monnaie sous-évaluée, bien que les données officielles chinoises soient opaques. La Chine vise l'autonomie dans tous les secteurs stratégiques, comme les technologies vertes ou les semi-conducteurs, ce qui menace la compétitivité européenne. Pierre Wunsch souligne que l'Europe doit construire des alliances avec d'autres partenaires pour réduire sa dépendance, tout en maintenant un dialogue avec la Chine. La question de l'exclusion des entreprises chinoises du marché européen reste sensible, notamment pour l'industrie allemande, qui dépend encore de l'accès au marché chinois.
Le *renminbi* (monnaie chinoise) est considéré comme sous-évalué par rapport à son niveau d'équilibre théorique. Cette sous-évaluation résulte de politiques chinoises visant à maintenir un excédent commercial élevé. Par exemple, la crise immobilière en Chine a réduit la consommation intérieure, forçant les ménages à épargner davantage, tandis que les exportations restent soutenues par des aides publiques. Une monnaie sous-évaluée rend les produits chinois moins chers à l'exportation, ce qui désavantage les producteurs européens. Pour corriger ces déséquilibres, Hélène Rey propose des réformes structurelles en Chine, comme une relance de la consommation des ménages et une réduction des aides à l'exportation, mais ces mesures restent difficiles à mettre en œuvre.

