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Environnement

La forêt française grandit mais va de plus en plus mal

Reporterre · mis à jour il y a 28 j

Ça peut paraitre paradoxal : la forêt française va de plus en plus mal même si elle continue de s'étendre. Tel est le bilan de l'Institut géographique national ( IGN ) dans son inventaire forestier publié mercredi 7 octobre.

Forêt française en expansion

En France, la surface forestière augmente régulièrement depuis plusieurs décennies. Selon les données officielles, la forêt couvre désormais 31 % du territoire métropolitain, contre 23 % en 1908. Cette croissance s'explique principalement par l'abandon des terres agricoles et le reboisement naturel ou artificiel. Cependant, cette expansion masque une dégradation profonde de la santé des forêts. Les arbres poussent plus vite en raison du réchauffement climatique, mais leur qualité et leur résilience diminuent. Les forêts françaises sont aujourd'hui composées à 67 % de résineux, souvent des plantations monospécifiques, c'est-à-dire des forêts composées d'une seule espèce d'arbre, ce qui les rend plus vulnérables aux maladies, aux incendies et aux parasites. Les feuillus, comme le chêne ou le hêtre, ne représentent plus que 33 % de la couverture forestière.

Santé des forêts en déclin

Malgré leur expansion, les forêts françaises souffrent de multiples problèmes. En 2022, 23 % des arbres ont été touchés par des dépérissements, un phénomène où les arbres perdent leurs feuilles ou needles (aiguilles) et voient leur croissance ralentir, voire s'arrêter. Ce chiffre atteint 40 % pour les chênes, une espèce emblématique des forêts françaises. Les causes de ce déclin sont multiples : le changement climatique, avec des étés plus secs et des canicules plus fréquentes, affaiblit les arbres, tandis que les attaques de parasites, comme la chenille processionnaire ou le scolyte typographe, se multiplient. Les sols, appauvris par des décennies de pratiques agricoles intensives, ne parviennent plus à nourrir correctement les arbres. Enfin, la monoculture de résineux, souvent plantés pour leur croissance rapide et leur bois commercialisable, aggrave cette fragilité.

Impact du changement climatique

Le réchauffement climatique joue un rôle central dans la dégradation des forêts françaises. Les températures moyennes ont augmenté de 1,7 °C depuis 1900 en France, et les épisodes de sécheresse se sont intensifiés. Les arbres, habitués à des climats tempérés, peinent à s'adapter à ces nouvelles conditions. Les sols, moins humides, ne retiennent plus suffisamment l'eau, ce qui limite la croissance des racines et affaiblit les arbres. Les incendies de forêt, autrefois rares en France métropolitaine, deviennent plus fréquents : en 2022, 72 000 hectares ont brûlé, un record depuis 2003. Les forêts méditerranéennes, composées majoritairement de pins et de chênes-lièges, sont particulièrement touchées. Les scientifiques alertent sur le risque de voir certaines espèces, comme le hêtre, disparaître d'ici 2100 si les températures continuent d'augmenter.

Rôle des parasites et maladies

Les forêts françaises sont de plus en plus menacées par des parasites et des maladies, favorisés par le réchauffement climatique. Le scolyte typographe, un petit coléoptère, s'attaque aux épicéas et aux pins en pondant ses œufs sous leur écorce. Les larves creusent des galeries qui bloquent la circulation de la sève, tuant l'arbre en quelques semaines. En 2021, 1,5 million de mètres cubes de bois ont été perdus à cause de cet insecte. La chenille processionnaire du pin, autre ravageur, détruit les aiguilles des pins et provoque des allergies chez les humains et les animaux. Les champignons pathogènes, comme l'armillaire, s'attaquent aux racines des arbres et provoquent leur pourriture. Ces attaques sont d'autant plus dévastatrices que les forêts, souvent affaiblies par la sécheresse, n'ont pas la force de se défendre.

Gestion forestière critiquée

La gestion des forêts françaises est pointée du doigt par de nombreux experts. Le modèle dominant repose sur une exploitation intensive, où les arbres sont coupés jeunes pour être transformés en bois d'œuvre ou en papier. Ce système, hérité du XIXe siècle, privilégie la quantité à la qualité et la résilience. Les forêts sont souvent gérées par l'Office national des forêts (ONF), un établissement public qui supervise 11 millions d'hectares de forêts publiques. Cependant, les critiques dénoncent un manque de diversification des espèces plantées et une rotation trop rapide des coupes, qui ne laisse pas le temps aux sols de se régénérer. Les subventions publiques, comme celles de la Politique agricole commune (PAC), encouragent encore souvent la plantation de résineux au détriment des feuillus.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette crise, plusieurs pistes sont explorées pour restaurer la santé des forêts françaises. La première consiste à diversifier les espèces plantées, en favorisant les feuillus et les mélanges d'essences, ce qui rend les forêts plus résistantes aux maladies et aux aléas climatiques. Des programmes de reboisement avec des espèces locales et adaptées, comme le chêne pubescent ou le pin maritime, sont en cours. Une autre solution passe par une gestion plus durable, avec des coupes moins fréquentes et une protection accrue des sols. Des initiatives comme le label *Forêt d'exception* ou les contrats de transition écologique visent à encourager ces pratiques. Enfin, la recherche scientifique se concentre sur l'adaptation des forêts au changement climatique, en étudiant par exemple des variétés d'arbres plus résistantes à la sécheresse.

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