Guerre en Ukraine : les violences sexuelles utilisées comme moyen de torture, selon l’ONU
La grande majorité (89 %) des incidents ont été perpétrés par les autorités de la Russie..
Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine en février 2022, l’Organisation des Nations unies (ONU) a recensé au moins 1 004 cas de violences sexuelles liées à ce conflit. Ces chiffres proviennent d’un rapport publié en septembre 2026 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), une agence de l’ONU chargée de protéger et de promouvoir les droits humains dans le monde. Parmi ces cas, 89 % ont été commis par des membres des forces russes, tandis que 11 % l’ont été par des militaires ou des gardiens de prison ukrainiens. Le HCDH précise que ces chiffres sous-estiment probablement la réalité, car la Russie a refusé d’autoriser l’accès de ses territoires occupés, des prisonniers de guerre et des civils détenus aux enquêteurs de l’ONU. Ces violences incluent des viols, des mutilations génitales, des agressions sexuelles, des décharges électriques sur les parties intimes ou des coups portés à ces zones.
Le HCDH a détaillé comment les violences sexuelles ont été utilisées comme méthodes de torture ou comme traitements cruels, inhumains ou dégradants. Ces actes visaient principalement des hommes, souvent des militaires capturés et détenus pendant de longues périodes. Plus de la moitié des prisonniers de guerre ukrainiens ont subi des violences physiques, comme des décharges électriques ou des coups, alors qu’ils étaient nus. Un témoignage poignant décrit un viol collectif en prison, commis avec une matraque de police, entraînant une hémorragie prolongée. Ces méthodes s’inscrivent dans une stratégie plus large de torture visant à humilier, briser psychologiquement ou obtenir des aveux. Les violences sexuelles ne se limitent pas aux hommes : des civils, dont des femmes et des enfants, en ont aussi été victimes, avec des âges extrêmes allant de 4 ans à 82 ans.
Du côté ukrainien, le rapport de l’ONU souligne que les violences sexuelles restent moins fréquentes que du côté russe. Environ la moitié des incidents documentés concernent des menaces de violences sexuelles sans passage à l’acte. Aucun cas de violence sexuelle envers des enfants n’a été signalé. Cependant, le HCDH met en garde le gouvernement ukrainien pour qu’il veille au respect des droits des prisonniers de guerre détenus en Ukraine. Le ministère de la Défense et le commandant en chef des Forces armées ukrainiennes ont publié des instructions pour appliquer le droit international humanitaire, qui encadre les règles de guerre, et une procédure d’enquête interne a été mise en place en cas de non-respect de ces règles.
Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de la personne, Volker Türk, a exprimé son alarmation face à la fréquence de ces actes et craint que les violences sexuelles ne se poursuivent en raison de l’intensité du conflit. Il a appelé les deux nations à mener des enquêtes rapides, approfondies et impartiales pour traduire en justice les responsables, quel que soit leur grade ou leur affiliation. La Russie, déjà inscrite en mai 2026 sur la liste noire de l’ONU pour les violences sexuelles commises depuis le début de la guerre, a aboli en mars 2024 toute responsabilité pénale pour les soldats ayant commis des crimes avant leur enrôlement, sauf pour les abus sexuels sur mineurs. Moscou a refusé de coopérer avec l’enquête de l’ONU, ce qui limite l’accès aux preuves et aux victimes.
Les conséquences des violences sexuelles pour les victimes sont multiples et durables. Une jeune fille de 17 ans, enlevée et violée à plusieurs reprises par deux soldats russes en mars 2024, n’a pu consulter de gynécologue car elle ne possédait pas de passeport russe, indispensable pour accéder aux services médicaux dans les territoires occupés. Cette situation illustre les obstacles supplémentaires auxquels font face les victimes dans un contexte de guerre, où les systèmes de santé et de protection sont souvent détruits ou inaccessibles. Les violences sexuelles laissent des séquelles physiques et psychologiques graves, aggravées par l’absence de soins adaptés et de soutien juridique.

