« IA pas moyen » : ils refusent le géant data center de Microsoft en Alsace
À Petit-Landau, près de Mulhouse, le projet de construction d'un des plus grands data centers européens de Microsoft inquiète riverains, associations et agriculteurs. Leur opposition a donné naissance au collectif IA pas moyen.
En Alsace, un projet de construction d'un data center géant par Microsoft suscite une vive opposition locale. Un data center (ou centre de données en français) est un bâtiment dédié au stockage et au traitement de données numériques, souvent associé à des serveurs informatiques. Le projet, porté par la société américaine Microsoft, prévoit d'investir 1 milliard d'euros dans un complexe de 10 hectares à Wolfisheim, près de Strasbourg. Ce site, qui pourrait devenir l'un des plus grands centres de données d'Europe, vise à répondre à la demande croissante en stockage cloud, notamment pour l'intelligence artificielle (IA) et les services en ligne. Cependant, ce projet divise la population et les élus locaux, certains y voyant une opportunité économique, d'autres une menace pour l'environnement et la qualité de vie.
Un collectif citoyen, nommé « IA pas moyen », s'est formé pour s'opposer au projet. Ce groupe rassemble des habitants, des associations écologistes et des élus locaux, dont des membres du parti Europe Écologie Les Verts (EELV). Leur mobilisation s'appuie sur plusieurs arguments : l'impact environnemental du data center, notamment sa consommation énergétique élevée, estimée à 150 mégawatts par an, soit l'équivalent de la consommation électrique de 150 000 foyers. Ils dénoncent également l'artificialisation des sols, le projet devant occuper une zone actuellement agricole ou naturelle. Enfin, le collectif critique l'opacité des négociations entre Microsoft et les autorités locales, estimant que les retombées économiques promises (création de 200 emplois directs) sont insuffisantes au regard des risques encourus.
Les opposants au projet soulignent que les data centers sont parmi les infrastructures numériques les plus énergivores au monde. Celui de Microsoft en Alsace pourrait consommer jusqu'à 150 mégawatts par an, une quantité d'électricité colossale qui pose question dans un contexte de crise énergétique et de transition écologique. De plus, les data centers génèrent une chaleur importante, nécessitant des systèmes de refroidissement énergivores. Le collectif « IA pas moyen » craint que ce projet ne contribue à aggraver la pression sur les ressources locales et ne freine les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre en France. Ils demandent une étude d'impact environnemental plus approfondie avant toute décision.
Les élus locaux sont divisés sur la question. Certains, comme le maire de Wolfisheim, soutiennent le projet, arguant qu'il pourrait dynamiser l'économie locale et créer des emplois. D'autres, notamment des conseillers régionaux écologistes, s'y opposent fermement. Le président de la région Grand Est, Jean Rottner (LR), a exprimé son soutien au projet, soulignant son potentiel pour attirer d'autres investissements technologiques. En revanche, des membres de l'opposition, comme la députée européenne Yannick Jadot (EELV), ont critiqué le manque de transparence et les risques pour l'environnement. Le débat illustre les tensions entre développement économique et préservation de l'environnement dans les territoires.
Les partisans du projet mettent en avant ses retombées économiques potentielles. Microsoft promet la création de 200 emplois directs et des centaines d'emplois indirects, ainsi qu'un investissement de 1 milliard d'euros. Ils soulignent également que les data centers attirent d'autres entreprises technologiques, favorisant l'innovation et la compétitivité de la région. Cependant, les opposants contestent ces chiffres, estimant que les emplois promis seront majoritairement des postes qualifiés peu accessibles aux locaux. Ils rappellent aussi que les subventions publiques souvent accordées à ces projets (jusqu'à 20 millions d'euros dans ce cas) pourraient être mieux utilisées pour soutenir des secteurs plus durables ou des projets locaux.
Le projet s'inscrit dans un contexte plus large de développement de l'intelligence artificielle (IA) en Europe. Les data centers sont essentiels au fonctionnement des modèles d'IA, car ils fournissent la puissance de calcul nécessaire à leur entraînement et à leur utilisation. Microsoft, géant américain de la tech, mise sur cette infrastructure pour renforcer sa position dans le cloud et l'IA. Cependant, le collectif « IA pas moyen » dénonce une course effrénée à la puissance numérique, qui ignore les coûts environnementaux et sociaux. Ils appellent à une régulation plus stricte de ces infrastructures et à une réflexion sur l'usage réel de l'IA, souvent critiquée pour son empreinte écologique et ses biais.
À ce stade, le projet n'est pas encore finalisé. Microsoft doit obtenir les autorisations administratives, notamment un permis de construire et une étude d'impact environnemental. Le collectif *« IA pas moyen »* compte poursuivre sa mobilisation pour influencer la décision, en organisant des réunions publiques et en interpellant les élus. Une pétition contre le projet a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures. Parallèlement, des recours juridiques sont envisagés pour contester la légalité des autorisations si elles sont accordées. L'issue du projet dépendra donc des arbitrages politiques et des pressions citoyennes, dans un contexte où les enjeux climatiques et technologiques s'entremêlent de plus en plus.

