«Respirer sous l’eau»: du théâtre dans le creux de l’oreille
La création de Klervi Thienpont s’inspire d’une perte personnelle pour parler d’espoir..
La compagnie québécoise Hôtel-Motel présente à La Chapelle Scènes contemporaines une création théâtrale originale intitulée «Respirer sous l’eau». Ce spectacle, à la frontière entre le théâtre et l’installation sonore, propose une expérience immersive et intime. Il s’inspire de trois histoires réelles liées à la fragilité de la vie et à l’importance de l’espoir : le deuil soudain d’un proche de la créatrice Klervi Thienpont, l’accompagnement d’une famille de réfugiés syriens dont l’enfant souffrait d’un cancer incurable, et le syndrome de résignation observé chez certains enfants de réfugiés en Suède. Ce dernier trouble, caractérisé par un état catatonique prolongé, peut être surmonté par la restauration de l’espoir, selon les travaux de la neuroscientifique Sonia Lupien.
La création de «Respirer sous l’eau» s’est étalée sur plusieurs années, avec une première version développée en collaboration avec le scénographe Jonathan Girard. L’autrice a privilégié une écriture sonore, mêlant ses propres textes à des extraits médiatiques et des citations d’auteurs comme la philosophe Vinciane Despret. L’objectif était d’explorer des thèmes délicats sans adopter une approche frontale. Klervi Thienpont a expliqué que cette méthode lui permettait de plonger plus profondément en elle-même et d’emmener le public dans un voyage intérieur. Le spectacle aborde la dichotomie entre les gestes quotidiens et les émotions intérieures, comme lors d’un deuil, où le corps continue de fonctionner malgré une souffrance profonde.
Pour cette expérience, les spectateurs portent des casques audio et évoluent dans un espace scénique plongé dans la pénombre, évoquant un lieu de soin ou un sanctuaire. Neuf d’entre eux sont allongés sur des lits, tandis que les autres peuvent s’asseoir sur des chaises ou des gradins. Le spectacle alterne entre des éléments sonores, des projections d’images abstraites et des interactions visuelles. Chaque spectateur vit l’expérience différemment selon sa position et son choix de fermer les yeux ou non. Lors des représentations à La Charpente des fauves à Québec, le public a rapporté une sensation de vivre collectivement l’expérience tout en restant dans une bulle personnelle, ce qui a permis une immersion émotionnelle plus profonde.
Le spectacle s’articule autour de trois récits principaux : le deuil, l’accueil des réfugiés et le syndrome de résignation. Klervi Thienpont a choisi d’aborder ces sujets avec empathie et poésie, en évitant les approches statistiques ou politiques. Elle s’est inspirée de la philosophie de Vinciane Despret, qui étudie les liens entre les vivants et les morts, ainsi que de la littérature comme outil de résilience. Malgré la gravité des thèmes, la création est conçue avec douceur et délicatesse, afin de ne pas heurter les spectateurs en deuil ou confrontés à des épreuves similaires. Deux des récits intégrés concernent spécifiquement l’accueil des réfugiés, un sujet souvent traité de manière polémique, mais abordé ici sous un angle humain et intime.
Lors des représentations, le public a souligné l’impact émotionnel du spectacle, notamment grâce à l’intimité créée par les casques audio. Certains spectateurs ont exprimé avoir ressenti une *permission* de vivre pleinement leurs émotions dans cette bulle sonore, ce qui a permis une résonance personnelle forte. Klervi Thienpont a reçu des témoignages de personnes en deuil ou confrontées à des épreuves, qui ont trouvé dans cette création un soutien ou un réconfort. Le spectacle, bien que grave, est perçu comme une œuvre apaisante, capable de toucher des inconnus partageant des expériences similaires, grâce à sa *douceur* et sa *poésie*.

