La crise d’Ormuz est une “autre chute du mur de Berlin”
Le blocage du détroit d’Ormuz aura agi en révélateur, au sens chimique du terme, du bouleversement géopolitique et économique à l’œuvre à l’échelle mondiale, analyse l’économiste algérien Idriss Hadj Nacer pour “Twala”. Après la décomposition-recomposition en cours, la nouvelle donne aura ses vaincus et ses vainqueurs..
Le 14 octobre 2026, le détroit d’Ormuz, un passage maritime de 55 kilomètres reliant le golfe Persique au golfe d’Oman, est bloqué. Ce détroit est crucial pour le transport mondial d’énergie : il permet le passage de 20 millions de barils de pétrole brut par jour, soit environ 20 % de la production mondiale. Le blocage, qualifié de « crise d’Ormuz », agit comme un révélateur des bouleversements géopolitiques et économiques mondiaux. Il prive l’économie mondiale de ressources énergétiques essentielles, déclenchant une série de conséquences en cascade. Ce détroit est souvent comparé à un « goulet » ou un « verrou » stratégique, car son contrôle influence directement les prix de l’énergie et la stabilité économique globale.
L’article décrit sept « bourrasques » économiques successives causées par le blocage d’Ormuz. La première concerne l’arrêt du transport de 20 millions de barils de pétrole et de gaz liquéfié par jour, paralysant les chaînes d’approvisionnement énergétique. La deuxième touche les produits pétrochimiques intermédiaires comme le naphta, le soufre ou l’éthylène, essentiels à la fabrication de nombreux biens industriels, des plastiques aux engrais. La troisième bourrasque affecte les métaux (cuivre, lithium, nickel, etc.), dont l’extraction et la transformation dépendent de l’énergie et de la chimie. La quatrième concerne l’arrêt des usines et des chaînes de production, entraînant des pertes d’emplois et un ralentissement industriel. La cinquième touche l’agriculture, avec des pénuries d’engrais et une hausse des prix alimentaires, risquant de provoquer des famines dans les pays les plus vulnérables. La sixième bourrasque vise le système financier, avec des dettes souveraines fragilisées, des bulles spéculatives qui éclatent et un risque de crise systémique. Enfin, la septième bourrasque redessine les alliances géopolitiques, avec des migrations massives, des révoltes et un repli identitaire.
Le blocage d’Ormuz marque un basculement vers un nouvel ordre géopolitique, comparé à la chute du mur de Berlin en 1989. Ce changement s’articule autour de deux types de puissances : les empires-épées (thalassocraties maritimes, comme les États-Unis ou les puissances européennes) et les civilisations-éponges (tellurocraties continentales, comme la Chine ou la Russie). Les premières dominent les mers et les routes commerciales, tandis que les secondes misent sur les infrastructures terrestres (chemins de fer, routes, ports) pour sécuriser leurs approvisionnements en énergie, eau et minerais. L’article souligne que les alliances futures ne reposeront plus seulement sur des traités militaires, mais sur des corridors partagés garantissant l’accès à des ressources stratégiques comme les ports, les mines ou les câbles sous-marins. Ce nouveau damier géopolitique sera plus régional et moins optimiste, mais potentiellement plus résilient.
Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans cette crise. L’Iran, dont le territoire borde le détroit d’Ormuz, utilise ce levier pour faire pression sur la communauté internationale. Les Émirats arabes unis, en quittant l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), fragilisent l’ordre pétrolier traditionnel et redessinent les équilibres au sein du marché de l’énergie. Les assureurs, confrontés à des risques accrus, ajustent leurs primes et excluent certaines zones de couverture, modifiant ainsi la géographie du risque économique. Enfin, les pays capables de sécuriser leur autonomie énergétique et minérale (comme la Chine ou certains États africains) se positionnent comme les gagnants potentiels de ce nouveau jeu géopolitique.
Les conséquences du blocage d’Ormuz ne seront pas temporaires. Les infrastructures détruites (ports, oléoducs, usines) prendront des années à être reconstruites. Les assureurs ont déjà intégré cette nouvelle donne en appliquant des primes de guerre et en excluant certaines routes maritimes des contrats d’assurance. L’article souligne que le détroit d’Ormuz a peu de chances de retrouver son rôle central d’avant la crise, tant les équilibres géopolitiques ont été bouleversés. Ce basculement pourrait durablement modifier les flux commerciaux mondiaux, favorisant les corridors terrestres et maritimes alternatifs. À terme, une nouvelle cosmogonie économique émerge, où la stabilité dépendra de l’accès à l’énergie, à l’eau et aux minerais, plutôt que de la finance ou de la technologie.

