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Philosophie

Le leader des Chicago boys

La Vie des Idées · mis à jour il y a 28 j

Ministre de l'Économie puis des Finances (1975-1982) d'Augusto Pinochet, Sergio de Castro a été l'un des principaux cadres civils de la dictature chilienne. Il est l'artisan de la première application des mesures néolibérales à l'échelle internationale..

Un livre controversé

L’ouvrage Le leader des Chicago boys, initialement publié en 2007 et réédité en 2025 après la mort de Sergio de Castro en 2024, explore le rôle central de ce dernier dans la mise en place du néolibéralisme autoritaire au Chili sous la dictature de Pinochet (1973-1990). Le livre s’appuie principalement sur des entretiens avec de Castro et d’autres acteurs politiques, mais n’est pas une biographie classique. Il présente deux limites majeures : une orientation idéologique marquée, bien que les faits soient restitués avec rigueur, et une structure incomplète, s’arrêtant au milieu des années 1980. L’ouvrage est publié par les Presses de l’Université Finis Terrae, liée à une congrégation catholique conservatrice, et sa préface est écrite par Pablo Baraona, un collègue économiste et ancien ministre des Chicago Boys.

Jeunesse et formation

Sergio de Castro naît le 30 janvier 1930 à Santiago, au Chili. Issu d’une fratrie de trois garçons, il grandit entre la Bolivie et le Chili, où son père travaille dans l’import-export. Élevé dans la foi catholique, il étudie dans un collège jésuite à La Paz avant de terminer sa scolarité dans une école anglaise à Santiago. Doué mais peu studieux, il se forme d’abord en Colombie-Britannique avant de reprendre des études d’ingénierie commerciale à l’Université du Chili. Insatisfait par l’enseignement public, marqué par la politisation des étudiants, il rejoint en 1952 l’Université catholique (UC), moins prestigieuse mais où il découvre l’économie sous un angle plus libéral. En 1955, il part étudier à l’Université de Chicago, où il est formé par Arnold Harberger et se lie avec d’autres futurs Chicago Boys, comme Pablo Baraona.

Les Chicago Boys

Les Chicago Boys désignent un groupe d’économistes chiliens formés à l’Université de Chicago dans les années 1950-1960, sous l’influence de Milton Friedman, Friedrich Hayek et d’autres figures du libéralisme économique. Leur objectif était de promouvoir un modèle économique fondé sur la réduction de l’intervention de l’État, la privatisation et l’ouverture aux marchés internationaux. Au Chili, où la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes) défendait un développementalisme étatique, ces idées étaient marginales. Les Chicago Boys, dont de Castro, ont d’abord prêché dans le désert avant de gagner en influence après le coup d’État de 1973.

Le coup d’État et le programme

Le 11 septembre 1973, Pinochet prend le pouvoir au Chili. Dès le 14 septembre, de Castro est sollicité pour conseiller le nouveau régime. Avec ses collègues, il rédige un programme économique radical, surnommé La Brique (El Ladrillo), qui propose une libéralisation drastique de l’économie. Ce document, finalisé avant le coup d’État, servira de feuille de route pour les réformes. De Castro devient rapidement une figure clé du régime, d’abord comme conseiller, puis comme ministre de l’Économie (avril 1975) et des Finances (décembre 1976). Son approche repose sur la réduction des dépenses publiques, la privatisation massive, la fin du système de retraite par répartition et la marchandisation de services comme la santé ou l’éducation.

Réformes et crise économique

Sous la direction de de Castro, le Chili met en place des réformes néolibérales radicales : ouverture aux capitaux étrangers, discipline budgétaire stricte, réduction des impôts sur les sociétés, privatisations dans les transports, l’industrie lourde et le secteur bancaire. Cependant, ces mesures s’accompagnent d’une crise économique majeure au début des années 1980. La hausse des taux d’intérêt aux États-Unis renchérit le dollar, provoquant une vague de faillites dans le pays. Malgré les conseils de son mentor Milton Friedman, de Castro refuse de dévaluer la monnaie ou d’augmenter les salaires minimums. Son intransigeance aggrave la crise, conduisant à sa démission en avril 1982 après avoir tenu tête à Pinochet pendant des semaines.

Ce que ça pourrait changer

Après son départ du gouvernement, de Castro retourne dans le secteur privé, dirigeant un fonds de pension et la banque Edwards, l’une des principales institutions financières du Chili. Son héritage économique et institutionnel reste controversé : bien que le Chili soit souvent cité comme un exemple de *miracle économique*, les inégalités et les critiques sur les méthodes autoritaires persistent. Depuis la transition démocratique, son modèle a été repris par des figures comme Hernán Büchi, puis par José Antonio Kast, actuel président d’extrême droite élu en novembre 2025, qui incarne la continuité de l’héritage des Chicago Boys. Le néolibéralisme autoritaire chilien, né sous Pinochet, continue ainsi d’influencer le pays.

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