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Généraliste

L’école à trois vitesses décortiquée

ICI Radio-Canada · mis à jour 3 oct.

Qu’est-ce que c'est? Et faut-il changer un système scolaire qui est, selon plusieurs, inéquitable?.

Trois types d'écoles

Au Québec, le système scolaire se divise en trois catégories principales : l'école publique ordinaire, l'école publique avec un projet pédagogique particulier (PPP) et l'école privée. Les PPP offrent des programmes spécialisés comme les arts, le sport ou les sciences, tandis que les écoles privées, bien que majoritairement financées par l'État, peuvent exiger des frais de scolarité pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros par an. En 2025-2026, 43% des élèves du secondaire choisissent un PPP, contre 38% pour le public ordinaire et 20% pour le privé. Les PPP ne sont pas tous sélectifs, mais 4 sur 10 le sont sur la base du rendement scolaire. Les écoles privées, quant à elles, sélectionnent souvent leurs élèves par des examens d'admission, bien que cette pratique diminue progressivement.

Origine du terme

L'expression école à trois vitesses s'inspire du système de santé québécois, souvent décrit comme à deux vitesses en raison des écarts entre les services publics et privés. Ce terme a été officiellement utilisé pour la première fois en 2016 par le Conseil supérieur de l'éducation dans un rapport intitulé Remettre le cap sur l'équité. Ce rapport mettait en garde contre un système scolaire où l'égalité des chances n'est plus respectée. Aujourd'hui, cette expression est reprise par des chercheurs, des militants et des responsables de santé publique pour dénoncer les inégalités croissantes entre les trois types d'écoles.

Inégalités scolaires

Les statistiques montrent des disparités marquées entre les trois types d'écoles. Dans le public ordinaire, 38% des élèves sont des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA), contre 14% dans les PPP et 12,7% dans le privé. Le taux de décrochage scolaire est quatre fois plus élevé dans le public ordinaire, et ses élèves sont deux fois moins nombreux à accéder à des études postsecondaires. Ces écarts s'expliquent par le fait que les PPP et les écoles privées sélectionnent souvent des élèves plus performants ou issus de milieux favorisés. La directrice régionale de santé publique de Montréal, Dre Mylène Drouin, a souligné que ce système exacerbe les inégalités sociales et de santé chez les jeunes.

Critiques et solutions

Des chercheurs comme Marie-Odile Magnan et des militants comme Anne-Marie Boucher dénoncent un système qui divise les élèves pour mieux les trier, reproduisant les inégalités sociales. Boucher propose la création d'un réseau scolaire commun, où toutes les écoles, publiques ou privées, accueilleraient un mélange d'élèves sans sélection. Les écoles privées pourraient soit être financées à 100% en échange de l'abandon des frais de scolarité et de la sélection, soit ne plus être subventionnées. Québec solidaire est le seul parti politique à soutenir cette idée, tandis que le Parti québécois propose des États généraux sur l'éducation et un financement conditionnel des écoles privées à leur capacité d'accueillir des élèves en difficulté.

Réactions des acteurs

La Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP) rejette l'idée d'un réseau scolaire commun et défend le rôle complémentaire du privé. Sa directrice générale, Vickie Viens, affirme que les écoles privées sont des laboratoires d'innovation et que leur clientèle évolue vers plus d'inclusivité. Elle souligne que de moins en moins d'écoles privées imposent des examens d'admission et que certaines développent des classes d'adaptation pour les élèves en difficulté. Du côté des enseignants du public ordinaire, comme Sylvain Duclos, la surreprésentation des élèves en difficulté dans leurs classes est un problème majeur, aggravé par la pénurie de personnel scolaire et la fuite des enseignants vers d'autres réseaux.

Choix des parents

Les parents se retrouvent souvent dans une situation complexe lors du choix d'une école pour leurs enfants. Beaucoup optent pour un PPP dans le public par crainte des coûts élevés du privé ou par attachement à l'école publique, mais ils craignent aussi la mauvaise réputation du public ordinaire. Claudie Lewis, mère de Jules Restieri, a choisi un PPP en comédie musicale pour son fils, estimant qu'il serait mieux stimulé dans ce milieu. D'autres parents hésitent entre leurs valeurs (soutenir le public) et la qualité perçue des autres options. Marie-Odile Magnan rappelle qu'il ne faut pas culpabiliser les parents, car ils doivent composer avec un système qu'ils n'ont pas choisi.

Ce que ça pourrait changer

Lors du débat des chefs de 2026, les partis politiques ont exposé leurs positions sur l'école à trois vitesses. Québec solidaire propose d'abolir ce système en créant un réseau scolaire commun. Le Parti québécois (PQ) promet des États généraux sur l'éducation et souhaite lier une partie du financement des écoles privées à leur capacité d'accueillir des élèves en difficulté, tout en élargissant l'accès aux PPP dans le public. La Coalition avenir Québec (CAQ), représentée par Christine Fréchette, a initialement refusé de reconnaître l'existence de ce système, avant de faire marche arrière sous la pression. Le Parti conservateur et le Parti libéral n'ont pas détaillé de propositions spécifiques sur ce sujet.

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