La chanteuse d'opéra préférée d'Adolf Hitler a espionné pendant des années les principaux chefs du nazisme
Margery Booth était l'espionne que personne n'attendait, mais qui a participé indirectement à l'effort de guerre. Elle a recueilli de multiples renseignements lors de réunions secrètes, qu'elle transmettait aux services de renseignement britanniques..
En 1933, Margery Booth, une chanteuse d'opéra britannique, se produit au Festival de Bayreuth en Allemagne, un événement culturel majeur lié à Richard Wagner, compositeur préféré du régime nazi. Hitler, alors chancelier depuis quelques mois, lui offre des roses rouges ornées d'une croix gammée, symbole du parti nazi. Cette reconnaissance lui ouvre les portes des cercles dirigeants du régime. Son statut de mezzo-soprano lui permet de fréquenter les hauts dignitaires nazis, dont Hitler lui-même, sans éveiller les soupçons. En 1936, elle signe un contrat avec l'Opéra de Berlin et épouse Egon Strohm, un universitaire allemand travaillant pour un réseau radiophonique contrôlé par Joseph Goebbels, ministre de la Propagande du régime. Ces liens avec le nazisme lui seront reprochés après la guerre, bien qu'elle ait secrètement œuvré pour les Alliés.
En 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate. Margery Booth se retrouve tiraillée entre ses origines britanniques et sa vie en Allemagne nazie, où son mari travaille pour un média contrôlé par Goebbels. En 1940, les bombardements alliés détruisent l'Opéra de Berlin, mettant fin à sa carrière sur scène. Le Festival de Bayreuth, quant à lui, est transformé en outil de propagande : il accueille des soldats blessés et diffuse des conférences idéologiques sur le nazisme. Malgré ces contraintes, Booth choisit de soutenir les Alliés. Elle continue à chanter, notamment pour des prisonniers de guerre, où elle rencontre John Brown, un officier britannique capturé. Cette rencontre marque le début de son engagement clandestin pour la résistance.
Margery Booth utilise sa position privilégiée pour espionner les nazis. Elle fréquente les lieux où se réunissent les dirigeants du régime, écoute les conversations et accède à des documents confidentiels. Lors d'une réception pour l'anniversaire d'Hitler en 1941, elle assiste à la présentation du char Tiger, un engin blindé redoutable. Pour transmettre les informations sans se faire repérer, elle mémorise les caractéristiques techniques en les associant à des mélodies musicales. Ces données sont ensuite chiffrées par John Brown et envoyées aux services secrets britanniques. En plus de ses activités d'espionnage, elle cache des messages dans ses sous-vêtements, ce qui lui vaut le surnom de «Knicker Spy» (« l'espionne aux culottes »). Elle utilise aussi son appartement pour aider une femme juive et d'autres personnes à fuir l'Allemagne.
Son double jeu finit par attirer l'attention des autorités nazies. En 1945, la Gestapo, la police secrète du régime, l'arrête et l'interroge. Elle est relâchée sous condition de se présenter deux fois par mois au quartier général de la police nazie. En cas de manquement, elle risque la déportation dans un camp de concentration. Malgré ces menaces, elle poursuit ses activités jusqu'à la fin de la guerre. Après la défaite allemande en mai 1945, son passé proche du régime nazi lui est reproché, bien que son rôle d'espionne reste largement inconnu. Sa double nationalité, britannique et allemande, complique sa situation et entache sa réputation.
Après la guerre, Margery Booth tente de relancer sa carrière musicale, mais son association passée avec le nazisme la handicape. En 1952, elle meurt d'un cancer à New York à l'âge de 51 ans, sans avoir pu retrouver sa gloire d'avant-guerre. Son rôle d'espionne pour les Alliés est resté méconnu pendant des décennies. Contrairement à d'autres figures de la résistance, elle n'a jamais été célébrée pour ses actions. Aujourd'hui, son histoire illustre comment une personne ordinaire, en exploitant une position inattendue, a pu contribuer à la lutte contre le nazisme, au prix de sa réputation et de sa carrière.

