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Société

En Russie, l'art contemporain subit pression et censure

Slate FR · mis à jour il y a 19 j

Alors que la censure sévit davantage en Russie, les artistes contemporains sont forcés de réinventer leurs pratiques et de passer sous silence la guerre en Ukraine..

Art russe sous pression

Avant 2022, la Russie comptait une scène artistique contemporaine dynamique, avec des événements internationaux comme les biennales de Moscou et Saint-Pétersbourg. Des mécènes investissaient des millions de roubles dans ce secteur. Cependant, depuis le début de la guerre en Ukraine en février 2022, la situation s’est radicalement dégradée. Les autorités russes qualifient le conflit d'« opération spéciale », un terme officiel pour désigner la guerre. Dès lors, toute critique ouverte de cette guerre est devenue dangereuse. Par exemple, l’artiste Sacha Skotchilenko a été arrêtée pour avoir remplacé des étiquettes de supermarché par des messages antiguerre. Des collectifs artistiques comme Que faire? et Party of the Dead ont subi des perquisitions, et leurs membres ont souvent dû quitter le pays pour éviter des poursuites.

Censure renforcée depuis 2024

À partir de 2024, la répression contre l’art contemporain s’est intensifiée en Russie. En septembre 2024, l’institut d’art contemporain Baza a fermé après une descente de police. Le département d’art actuel de la célèbre galerie Tretiakov à Moscou a été dissous, et des perquisitions ont visé Piotr Verzilov, membre du collectif Pussy Riot. Les foires d’art, même privées, doivent désormais transmettre aux services de sécurité russes la liste complète des artistes exposés. Des agents inspectent les œuvres et peuvent en retirer une simplement en raison de ses couleurs, notamment le bleu et le jaune, symboles de l’Ukraine. Un réseau de dénonciateurs surveille les réseaux sociaux des artistes pour repérer toute prise de position critique. L’autocensure est devenue la norme, et les artistes se dénoncent entre eux pour se protéger.

Fermetures et annulations massives

La répression a entraîné la fermeture ou l’annulation de nombreuses structures culturelles en Russie. En mai 2026, à la foire d’art Kontur à Nijni Novgorod, des inconnus ont recouvert de tissu blanc des photographies d’Alexander Gronsky, qui montraient les transformations des villes russes sous l’effet de la guerre. Le premier musée privé d’art contemporain de Moscou, ART4, a fermé après une performance jugée provocante. Le musée d’histoire du Goulag à Moscou a été remplacé par une institution d’État dédiée à la documentation du « génocide du peuple soviétique », ouverte en juin 2026. Ces fermetures illustrent l’effort du pouvoir russe pour contrôler la narration historique et artistique, en supprimant toute critique du régime ou du conflit en Ukraine.

Stratégies de contournement

Face à la censure, les artistes russes développent des méthodes pour contourner les restrictions. Certains utilisent un langage codé, comme des titres ambigus ou des œuvres à double sens, pour critiquer indirectement la guerre ou le pouvoir. D’autres limitent volontairement la diffusion de leurs créations pour éviter les poursuites. Le théoricien de l’art Boris Klyushnikov évoque un « formalisme poutinien » : l’État russe distinguerait l’art engagé, qu’il combat, de l’art abstrait et dépourvu de sens critique, qu’il encourage. Cette élite enrichie par la guerre finance encore quelques foires d’art survivantes. D’autres artistes choisissent la clandestinité, produisant des œuvres critiques dans des lieux discrets, mais avec un public très réduit.

Ce que ça pourrait changer

La situation de l’art contemporain en Russie est indissociable du contexte politique et économique du pays. Depuis 2022, la guerre en Ukraine a entraîné une fermeture progressive de la Russie au reste du monde, y compris dans le domaine culturel. Le pouvoir russe, dirigé par Vladimir Poutine, renforce son contrôle sur tous les aspects de la société, y compris l’art. Les sanctions internationales et l’isolement économique du pays ont réduit les financements disponibles pour les artistes. Pourtant, malgré ces pressions, la scène artistique russe continue de se réinventer, trouvant des moyens de résister ou de s’adapter, même dans des conditions extrêmement difficiles.

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