«On vit un paradoxe terrible» : trahie par le gouvernement, la filière des énergies renouvelables s’enfonce dans la crise
Au lieu de s’imposer comme une évidence face aux turbulences fossiles, la filière française des énergies renouvelables supprime des emplois par milliers, compromise par les fausses promesses du gouvernement et ses revirements multiples..
La filière française des énergies renouvelables traverse une crise majeure en 2026, marquée par des suppressions massives d’emplois et des difficultés économiques. Selon le syndicat des énergies renouvelables (SER), plus de 20 000 emplois dans les secteurs du solaire et de l’éolien ont été supprimés ou menacés entre 2024 et 2026. Ces deux filières comptaient environ 70 000 emplois directs en 2024. Les acteurs du secteur dénoncent un manque de soutien de la part du gouvernement, qui a multiplié les revirements politiques malgré les promesses initiales. Valentin Pineau, développeur de projets photovoltaïques, alerte sur une situation « très néfaste » pour les prochains mois, évoquant même le risque d’une « hécatombe ».
La crise actuelle trouve ses racines dans les promesses non tenues du gouvernement français. En 2022-2023, face à la crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine et les problèmes de corrosion des centrales nucléaires, l’État avait encouragé le développement des énergies renouvelables. Le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), publié avec trois ans de retard en 2026, prévoyait des objectifs ambitieux pour 2030 et 2035. Cependant, ces objectifs ont été réduits de 10 à 20 % selon les filières, et leur réalisation est déjà compromise. En 2026, le gouvernement n’a attribué que moins de la moitié des 4,6 gigawatts (GW) de projets prévus pour cette année, selon le SER.
Le gouvernement français a récemment annoncé des mesures qui aggravent la situation des énergies renouvelables. Il envisage d’auditer environ 8 000 projets photovoltaïques déjà construits pour réduire leurs subventions de manière rétroactive, en cas de « sur-rémunération ». Cette décision, dont le bénéfice économique n’a pas été chiffré, est perçue comme un acharnement contre le secteur. Jules Nyssen, président du SER, souligne un paradoxe entre la volonté affichée d’accélérer la transition écologique et les destructions d’emplois qui en découlent. Mattias Vandenbulcke, porte-parole de France Renouvelables, confirme cette analyse en indiquant que 10 à 15 % des entreprises du secteur recrutent encore, tandis que 40 % stagnent et le reste décline.
Les énergies renouvelables jouent un rôle clé dans la réduction des factures d’électricité pour les consommateurs. Selon un rapport de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) publié début septembre 2026, leur développement permet globalement de transférer du pouvoir d’achat vers les ménages en abaissant les coûts. Pourtant, le gouvernement semble ignorer cette opportunité, alors que le prix du litre de gasoil dépasse les 3 €. Cette situation contraste avec les besoins urgents de la transition énergétique et les attentes des citoyens, alors que les crises climatiques et énergétiques se multiplient.
Face à cette situation, les salariés des énergies renouvelables se mobilisent. Le 29 septembre 2026, lors du 27ème rassemblement annuel du SER à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris, aucun ministre n’était présent. Les salariés ont organisé une manifestation, une initiative rare pour ce secteur qui n’avait manifesté que deux fois dans son histoire, la dernière fois en février 2026. Cette mobilisation reflète un sentiment de trahison et d’abandon de la part des pouvoirs publics, alors que la filière est présentée comme un pilier de la transition écologique.

