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Messi prend sa retraite internationale à 39 ans : même les plus grands doivent composer avec le vieillissement

Science & Vie · mis à jour il y a 16 j

À 39 ans, Lionel Messi vient de prendre sa retraite internationale. Une étude brésilienne situe le pic physique des footballeurs vers 25 ans, avec un déclin net après 32 ans..

Retraite internationale Messi

Le 31 août 2026, Lionel Messi, à 39 ans, a annoncé sa retraite internationale avec l'équipe d'Argentine. Cette décision intervient quelques semaines après la finale perdue de la Coupe du Monde et le décès de son père. Pourtant, Messi continue de jouer à haut niveau avec le club américain de l'Inter Miami, sous contrat jusqu'en 2028. Son cas soulève des questions sur la longévité exceptionnelle des sportifs de haut niveau, un sujet étudié par la science du sport. Des chercheurs portugais et brésiliens ont publié en octobre 2025 une étude dans le Journal of Functional Morphology and Kinesiology analysant le déclin des performances physiques des footballeurs professionnels avec l'âge.

Pic de performance à 25 ans

L'étude menée par Luís Branquinho (Institut polytechnique de Portalegre, Portugal) et ses collègues révèle que la performance physique des footballeurs culmine entre 25 et 26 ans, avant de décliner significativement après 32 ans. Les chercheurs ont analysé 98 joueurs sur cinq saisons et 351 matchs, utilisant des capteurs GPS et inertiels pour mesurer leurs performances. Passé 32 ans, les sprints et actions explosives diminuent fortement, tandis que le volume global de course en match reste stable. Cette différence s'explique par la sensibilité accrue au vieillissement des paramètres neuromusculaires, comme la production rapide de force et les fibres musculaires rapides, essentiels pour la vitesse et l'explosivité.

Vitesse vs endurance

Jean-François Toussaint, directeur de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (IRMES, INSEP), souligne qu'un écart de six à sept ans sépare généralement le pic de performance en sprint (vers 25 ans) de celui en endurance (vers 30-31 ans), comme dans le marathon. Un footballeur doit combiner ces deux qualités : accélérer pour dépasser un défenseur et tenir la distance sur 90 minutes. Toussaint explique que les joueurs capables de maintenir une vitesse élevée entre la 80ᵉ et la 90ᵉ minute sont avantagés, surtout lors des moments décisifs du match. Cette gestion de l'effort devient cruciale avec l'âge, où la capacité à sprinter diminue mais où l'endurance peut être préservée par l'entraînement.

Niveau initial supérieur

Pour Toussaint, les champions comme Messi, Nadal ou Djokovic ne défient pas le vieillissement, mais partent d'un niveau initial bien supérieur à la moyenne de l'élite. Même en déclinant avec l'âge, ils restent au-dessus de cette moyenne pendant plusieurs années. Leur avantage initial leur permet de compenser partiellement la baisse de leurs capacités physiques grâce à une meilleure anticipation tactique et une gestion intelligente de l'effort. Par exemple, Messi a utilisé des séquences de marche entrecoupées d'accélérations ciblées lors du dernier Mondial, une stratégie qui compense une diminution partielle de ses qualités physiques.

Compensation tactique

Branquinho et Toussaint soulignent que le vieillissement ne signifie pas nécessairement une baisse de performance. Un joueur expérimenté peut rester décisif en anticipant mieux le jeu et en exécutant des actions au bon moment, même sans atteindre ses vitesses maximales de jeunesse. Branquinho évoque une compensation tactique : un attaquant de 35 ans n'a plus besoin d'enchaîner les sprints s'il anticipe mieux les passes ou les espaces. Cette adaptation transforme progressivement la combinaison de qualités qui fait un joueur d'élite, plutôt que de simplement la réduire.

Accepter ses limites

Toussaint insiste sur l'importance pour un champion d'accepter ses limites plutôt que de les nier. Il cite l'exemple d'Armand Duplantis à la perche, qui sait qu'il n'atteindra jamais 9 mètres, tout comme Messi ne courra jamais le 100 mètres en 5 secondes. Cette acceptation fait partie intégrante de la performance. Roger Federer illustre cette approche en fin de carrière : il choisissait ses tournois et réservait le reste du calendrier à la récupération musculaire et psychique. Cette discipline, combinée à des conditions médicales et économiques améliorées, explique en partie l'allongement des carrières de haut niveau depuis le milieu du XXᵉ siècle.

Survivants biologiques

Branquinho suggère que les joueurs encore performants après 35 ans sont les survivants d'un processus de sélection biologique et compétitive extrêmement exigeant. Leur longévité s'expliquerait par une combinaison de facteurs : une génétique favorable, des décennies d'entraînement, un accompagnement médical poussé et une résilience psychologique. Les deux chercheurs s'accordent sur une conclusion commune : le vieillissement ne rend pas automatiquement un joueur moins bon, mais transforme progressivement la combinaison de qualités qui le caractérisait. Leur performance reste supérieure à la moyenne, même si elle évolue avec l'âge.

Ce que ça pourrait changer

Toussaint élargit cette réflexion au-delà du sport, constatant une stagnation depuis trois ou quatre décennies de plusieurs indicateurs clés des sociétés humaines : la taille des populations à l'âge adulte, certaines capacités économiques, la consommation d'énergie par habitant et surtout l'espérance de vie. Il lie ce plafonnement aux changements environnementaux défavorables, comme les canicules, les incendies ou les tornades, illustrés par l'effondrement d'un glacier népalais ayant effacé 10 % de l'économie du pays et coûté la vie à plusieurs milliers de personnes. Pour lui, ces limites rappellent celles des athlètes : aucun individu, même exceptionnel, ne peut les dépasser seul.

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