Le Japon s’indigne de la visite “inadmissible” de Vladimir Poutine dans les îles Kouriles
Le président russe a effectué ce jeudi une première visite officielle dans cet archipel disputé entre Tokyo et Moscou depuis 1945. À l’avant-veille de l’anniversaire de la fin de la guerre du Pacifique, les journaux japonais voient dans cette visite une provocation due au soutien japonais à l’Ukraine depuis son invasion par la Russie..
Le 13 août 2026, le président russe Vladimir Poutine s’est rendu officiellement sur l’île d’Etorofu, appelée Itouroup en russe, située dans le sud de l’archipel des îles Kouriles. Cette visite marque la première fois qu’un dirigeant russe se rend sur ce territoire depuis 1945. L’archipel des Kouriles, composé de 56 îles volcaniques, s’étend entre la péninsule du Kamtchatka (Russie) et l’île japonaise de Hokkaido. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la partie sud des Kouriles, dont Etorofu, est administrée par la Russie mais revendiquée par le Japon, qui la considère comme faisant partie intégrante de son territoire. Cette visite intervient à la veille du 81e anniversaire de la fin de la guerre du Pacifique, le 15 août 1945, un événement chargé de symboles pour les deux pays.
Le Japon a réagi avec indignation à la visite de Vladimir Poutine, qualifiée d’« inadmissible » par la Première ministre japonaise Sanae Takaichi. Elle a déclaré que « ce territoire fait partie du Japon du point de vue historique et du droit international », rappelant que la Russie occupe ces îles depuis 1945 sans reconnaissance juridique internationale. Le gouvernement japonais a protesté officiellement, soulignant que cette visite « heurte le sentiment des Japonais » et aggrave les tensions déjà existantes entre les deux pays. Les médias japonais, comme le Yomiuri Shimbun, ont interprété cette visite comme une provocation, liée au soutien apporté par le Japon à l’Ukraine depuis l’invasion russe de 2022, notamment via des sanctions économiques.
La visite de Poutine survient dans un contexte de relations déjà très dégradées entre le Japon et la Russie. Depuis 2022, Tokyo soutient activement l’Ukraine en appliquant des sanctions contre Moscou, ce que la Russie perçoit comme une hostilité croissante. Par ailleurs, la Russie a récemment renforcé sa présence militaire dans la région, notamment avec des exercices navals au large de l’île de Sakhaline, située au nord de Hokkaido. Les médias russes pro-Kremlin, comme le Moskovski Komsomolets, ont justifié la visite en accusant le Japon de devenir « hostile » envers la Russie. Ce contentieux territorial, appelé « les territoires du Nord » par les Japonais, reste un obstacle majeur à une normalisation des relations entre les deux pays.
Pour les anciens habitants japonais d’Etorofu, expulsés après 1945, la visite de Poutine revêt une dimension personnelle et symbolique forte. Yuzo Matsumoto, un ancien habitant âgé de 85 ans, a déclaré à la chaîne NHK : « C’est comme s’il s’était infiltré dans ma maison sans autorisation. Pour nous, c’est un geste inadmissible. » Cette île, connue pour ses usines de transformation de fruits de mer, est un symbole de la souveraineté russe, mais aussi un rappel douloureux pour les Japonais de la perte de ces territoires. La Russie, de son côté, met en avant le développement économique de la région, comme en témoigne la visite de Poutine dans une usine locale et une exposition sur la guerre en Ukraine.
Selon la presse japonaise, la visite de Poutine pourrait s’inscrire dans une stratégie plus large visant à mobiliser l’opinion publique russe autour du souvenir de la Seconde Guerre mondiale. Le quotidien *Asahi Shimbun* souligne que Poutine cherche à *« rallier à lui le peuple russe en rappelant la victoire de 1945 »*, un thème central dans la rhétorique du Kremlin. Par ailleurs, cette visite intervient alors que la guerre en Ukraine s’éternise, et que la Russie cherche à affirmer sa puissance militaire, notamment en mer du Japon. Les exercices militaires récents, auxquels Poutine a assisté, s’inscrivent dans cette logique de démonstration de force face aux alliés de l’Ukraine, dont le Japon fait partie.

