Après les Kurdes, la Syrie face au redoutable défi de l’intégration des Druzes
Dans le cadre de la transition politique en cours, le pouvoir syrien mise sur l’autodissolution des forces kurdes et le soutien américain pour relancer la question épineuse du retour de la province de Soueïda dans le giron de l’État. Mais le chemin sera pour le moins ardu, plusieurs enjeux - dont l’alliance entre Israël et cette minorité religieuse - pouvant entraver le processus, explique “L’Orient-Le Jour”..
En septembre 2026, la Syrie est engagée dans une phase de transition politique après des années de conflit. Le pouvoir syrien, dirigé par Ahmed El-Charaa (président par intérim), cherche à consolider son autorité en intégrant deux régions clés : le Nord-Est, contrôlé par les Kurdes via les Forces démocratiques syriennes (FDS), et la province de Soueïda, majoritairement druze. Les FDS ont été dissoutes en août 2026, et les États-Unis ont retiré la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme, ce qui a renforcé la position de Damas. La Syrie considère désormais le retour de Soueïda comme son dernier dossier interne à résoudre pour achever sa réintégration territoriale.
Les Druzes sont une minorité religieuse et ethnique présente principalement en Syrie, au Liban, en Israël et en Jordanie. Leur religion, issue de l’islam chiite au XIᵉ siècle, est secrète et fermée aux non-initiés. En Syrie, ils représentent environ 3 % de la population et sont surtout concentrés dans la province de Soueïda. Historiquement, les Druzes ont souvent été marginalisés ou persécutés, mais ils ont aussi joué un rôle politique important, notamment en s’alliant avec le régime syrien ou avec Israël. Leur chef spirituel actuel en Syrie est Hikmat Al-Hijri, dont la milice, la Garde nationale, contrôle partiellement Soueïda.
Soueïda est une province du sud de la Syrie, frontalière avec la Jordanie et Israël. Depuis 2023, elle est en partie contrôlée par une milice séparatiste druze, la Garde nationale dirigée par Hikmat Al-Hijri. Cette province est stratégique en raison de sa position géographique et de son rôle dans le trafic de captagon, une drogue de synthèse dont la production et le trafic se sont intensifiés depuis 2025. Les affrontements communautaires et les tirs de sniper y sont fréquents, comme en témoignent les funérailles d’un Druze tué en janvier 2026. La crise humanitaire y est sévère, avec des restrictions d’accès à l’eau et à la nourriture.
Le régime syrien souhaite intégrer Soueïda en utilisant une stratégie similaire à celle employée pour les Kurdes : un mélange de pression militaire et de concessions politiques. Damas mise sur la faiblesse relative de la Garde nationale, divisée par des rivalités internes, et sur le soutien des États-Unis, qui limitent les frappes israéliennes en Syrie. L’objectif est de convaincre Hikmat Al-Hijri de dissoudre sa milice et de réintégrer la province dans le giron de l’État syrien. Cependant, cette approche pourrait échouer en raison de la résistance des groupes druzes rivaux et de l’influence d’Israël sur cette communauté.
Israël entretient des relations complexes avec les Druzes de Syrie, notamment à travers des alliances locales et des échanges économiques. Certains chefs druzes, comme Hikmat Al-Hijri, seraient tentés de s’allier avec Israël pour protéger leur autonomie, ce qui compliquerait les plans de Damas. Par ailleurs, Al-Hijri a évoqué la formation d’une alliance des minorités regroupant Kurdes, Druzes et Alaouites (une autre minorité religieuse syrienne proche du régime), une initiative perçue comme une menace par le pouvoir syrien. Ces dynamiques rendent l’intégration de Soueïda particulièrement difficile.
L’intégration de Soueïda représente un défi majeur pour la Syrie en 2026. Outre la résistance des milices druzes et l’influence israélienne, le régime doit faire face à une crise humanitaire aiguë dans la région, marquée par des pénuries et des violences intercommunautaires. La dissolution des FDS a montré que la *pression militaire* peut fonctionner, mais son application aux Druzes est incertaine en raison de leur ancrage local et de leurs liens transfrontaliers. Enfin, la question du captagon, dont Soueïda est devenue une plaque tournante, ajoute une dimension criminelle au conflit, compliquant encore les négociations.

