Plusieurs dizaines de milliers de manifestants pour l’«acte III» de la colère lycéenne en France
Ils dénoncent notamment l’insalubrité de certaines écoles, des professeurs non remplacés et des inégalités..
Depuis mi-septembre 2023, un mouvement de protestation mené par des lycéens s'est développé en France, qualifié d'«acte III» pour son troisième épisode majeur. Ce mouvement a débuté à Créteil, près de Paris, avant de s'étendre à d'autres villes. Les manifestants dénoncent plusieurs problèmes dans le système éducatif : l'insalubrité de certains bâtiments scolaires, c'est-à-dire des locaux mal entretenus ou insalubres, des classes et des emplois du temps surchargés (trop chargés), ainsi que le manque de professeurs remplacés. Ils critiquent également les inégalités liées à Parcoursup, une plateforme en ligne utilisée pour l'orientation et l'admission dans l'enseignement supérieur en France. Selon le ministère de l'Intérieur, environ 86 000 manifestants ont défilé dans tout le pays ce mardi, avec une manifestation parisienne estimée entre 20 000 et 40 000 participants. À Paris, le cortège devait relier les places de la République et de la Nation.
Les lycéens expriment leur mécontentement face à des conditions d'enseignement jugées dégradées. Parmi les problèmes récurrents, on trouve des bâtiments scolaires vétustes ou mal entretenus, des classes surchargées avec un nombre excessif d'élèves, et des emplois du temps trop chargés. Un autre point de tension est le manque de professeurs remplacés, ce qui entraîne des cours annulés ou assurés par des remplaçants non qualifiés. Les inégalités liées à Parcoursup, le système d'admission dans le supérieur, sont également critiquées. Ce système est accusé de favoriser certains élèves au détriment d'autres, en fonction de critères perçus comme injustes. Par exemple, des lycéens comme Ulysse, 15 ans, rapportent avoir passé deux semaines sans cours d'histoire en raison de l'absence de professeurs. À Nantes, des pancartes comme «Jeunesse fâchée, pas facho» ou «Lancez des profs, pas des lacrymo» illustrent cette colère.
Le mouvement rassemble non seulement des lycéens, mais aussi des parents, des professeurs et des syndicalistes. À Toulouse, une psychologue retraitée de 68 ans, Anne, a rejoint la manifestation par solidarité, estimant que les revendications des lycéens sont «totalement légitimes». Les étudiants universitaires apportent également leur soutien : selon l'Union étudiante, 100 % des facultés en France métropolitaine (hors Outre-mer) sont mobilisées ce mardi. Certaines universités, comme Aix-Marseille (84 000 étudiants) et la Sorbonne, ont même fermé leurs campus. Ce mouvement intervient dans un contexte politique et social tendu, à six mois de l'élection présidentielle française, une élection où certains lycéens mobilisés voteront pour la première fois.
Face à cette mobilisation, le gouvernement français tente de répondre aux revendications. Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit s'exprimer à 15 heures à l'Assemblée nationale pour répondre aux questions sur le mouvement. Édouard Geffray, ministre de l'Éducation, a qualifié la situation de «drame» et annoncé le lancement d'une plateforme en ligne où les élèves peuvent signaler leurs difficultés jusqu'au 23 octobre. Cette plateforme vise à recueillir les attentes des lycéens. Cependant, la gestion du mouvement par les forces de l'ordre est critiquée par l'opposition politique. Depuis le début du mouvement, 215 élèves ont été blessés, principalement en raison d'accidents ou d'actes de violence commis par des individus extérieurs aux manifestations. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu l'usage d'un œil lors d'un blocage, et à Lens, un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade. La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a exprimé sa «vive inquiétude» face au «recours disproportionné à la force».
Les forces de l'ordre sont fortement mobilisées pour encadrer les manifestations. Depuis le 28 septembre, plus de 6 000 interpellations ont été effectuées, et plus de 5 000 personnes, majoritairement des mineurs, ont été placées en garde à vue. Dix enquêtes ont été ouvertes par l'IGPN (Inspection générale de la police nationale), surnommée «police des polices», pour examiner le comportement des forces de l'ordre. À Lyon, des petits groupes ont tiré des mortiers d'artifice en direction de la police, qui a riposté avec du gaz lacrymogène. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, affirme que les interventions des forces de l'ordre se font «dans la plus grande proportionnalité», c'est-à-dire en utilisant la force de manière mesurée et justifiée. Les lacrymogènes sont des gaz irritants utilisés pour disperser les foules. Les autorités signalent également que 700 membres des forces de l'ordre et une centaine de personnels de l'éducation ont été blessés depuis le début du mouvement.
Ce mouvement s'inscrit dans un contexte économique et social difficile en France. Les lycéens et étudiants protestent alors que le pays fait face à une hausse des prix et à des recherches de coupes budgétaires, notamment dans les aides au logement destinées aux jeunes. Ces mesures budgétaires pourraient aggraver les difficultés financières des familles et des étudiants. À six mois de l'élection présidentielle, prévue en 2024, cette mobilisation prend une dimension politique. Certains lycéens, qui voteront pour la première fois, pourraient influencer le débat public et les promesses des candidats. Les partis politiques, notamment les Écologistes, appellent les élus et les parents à manifester en blanc pour *«protéger nos enfants dans les manifestations»*, une initiative symbolique pour montrer leur soutien sans participer activement aux cortèges.

