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Environnement

« Protéger la nature en étant nourri et logé » : chaque été, des milliers d'Allemands prennent soin de leurs forêts

Reporterre · mis à jour il y a 7 j

Les chantiers participatifs du Bergwaldprojekt sont une institution en Allemagne, où ils mobilisent chaque année des milliers de bénévoles, qui participent à adapter forêts et tourbières au changement climatique. Berlin (Allemagne), correspondance C'est au cœur de la capitale allemande que l'étudiant en mathématiques Leander Göckeritz a découvert le chemin de la forêt.

Un projet allemand

Le Bergwaldprojekt est une initiative allemande créée en 1990, inspirée d’un projet suisse lancé en 1987. Son objectif est de protéger et restaurer les forêts, tourbières et autres écosystèmes naturels en Allemagne, Autriche et Catalogne. L’association organise chaque année des chantiers participatifs où des bénévoles, nourris et logés, travaillent sous la supervision d’experts. En 2026, elle propose 176 stages répartis sur une centaine de sites en Allemagne, mobilisant environ 5 000 participants. Le projet s’adresse à un public varié : retraités, étudiants, professionnels de l’environnement ou simples citoyens. Son budget annuel dépasse 4 millions d’euros, financé en partie par des partenariats et des dons.

Travaux concrets

Les bénévoles du Bergwaldprojekt interviennent sur des missions précises pour adapter les écosystèmes au changement climatique. Parmi leurs actions figurent la restauration de tourbières, essentielles pour stocker le CO₂, la diversification des espèces forestières, la lutte contre l’érosion des sols et la remise en eau des zones humides. Par exemple, ils creusent des canaux pour drainer ou retenir l’eau, coupent des herbes invasives ou plantent des arbres adaptés. En 2026, certains bénévoles ont travaillé dans le Westerwald, une région de basse montagne, pour éclaircir des forêts de pins et d’épicéas afin de favoriser la croissance de chênes, moins vulnérables aux parasites comme le scolyte. Ce petit coléoptère, favorisé par les étés chauds et secs, détruit les épicéas en pondant ses larves sous leur écorce.

Forêts en danger

Les forêts allemandes subissent fortement les effets du changement climatique. Selon un rapport du ministère de l’Agriculture publié en 2025, 35 % des arbres présentent un éclaircissement aggravé de leur couronne, signe de stress hydrique. Seuls 21 % des arbres sont considérés en bonne santé, un niveau de dégradation élevé qui persiste depuis 2018. Les espèces les plus touchées sont les hêtres, les chênes et les épicéas. Les forêts en mauvais état retiennent moins d’eau : un mètre carré de forêt d’épicéas en mauvais état ne retient que 20 à 40 litres d’eau potable par an, contre jusqu’à 150 litres dans une forêt variée et saine. Or, en Allemagne, 70 % de l’eau potable provient des forêts.

Bénévoles et experts

Le Bergwaldprojekt s’appuie sur une équipe de 80 salariés et des experts bénévoles issus des secteurs forestier et environnemental. Les chantiers sont souvent lancés à la demande des communes ou des gardes forestiers locaux. Les bénévoles, comme Leander Göckeritz, un étudiant en mathématiques de 28 ans, ou Marie, une employée d’ONG de 30 ans, découvrent un travail manuel exigeant mais utile. Les stages durent une semaine et proposent des activités variées : restauration de tourbières, plantation d’arbres ou construction d’installations pour stopper l’érosion. Les participants sont logés en maison forestière ou en camping, et nourris par une équipe de cuisiniers. L’association organise aussi des actions d’une journée en ville ou des stages réservés aux femmes.

Ce que ça pourrait changer

Le *Bergwaldprojekt* fait face à des défis financiers et économiques. Son budget a légèrement reculé ces dernières années en raison du ralentissement économique et d’un contexte moins favorable à l’écologie. Pourtant, l’association espère que les vagues de chaleur et les incendies de l’été 2026 relanceront l’intérêt pour la protection des forêts. Elle envisage une expansion en Europe, notamment en France, où elle n’est pas encore présente. Actuellement, le projet existe sous forme d’associations indépendantes dans quatre pays partageant les mêmes principes. En Allemagne, il complète le travail des professionnels de la forêt, souvent en nombre insuffisant : selon le syndicat *IG BAU*, il faudrait 11 000 employés forestiers supplémentaires pour rendre les forêts résilientes au changement climatique.

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