Antoine Larocque, la vie des arts et les déchets
L’artiste présente à DRAC – Art actuel Drummondville une expo punk issue d’un processus dit d’«ethnographie-poubelle»..
Antoine Larocque est un artiste québécois originaire de Victoriaville, aujourd’hui installé à Québec. Il est connu pour son travail entre les mots, le cinéma expérimental et les arts visuels. En 2022, il s’est fait remarquer avec une exposition solo à la galerie Laroche/Joncas, au Belgo à Montréal, et surtout avec la publication de son livre Notes d’atelier (Pièce jointe), un ouvrage écrit au pastel gras sur des pages blanches. Ce livre interrogeait la place de l’artiste dans un milieu artistique qu’il jugeait bourgeois. Larocque a également développé une méthode appelée « ethnographie-poubelle », qui consiste à explorer les éléments culturels présents dans les déchets pour repenser la notion de rebut. Son approche est décrite comme « punk » en raison de son esthétique provocante et de son mélange de collages, de meubles usagés et de phrases écrites au pastel.
L’ethnographie-poubelle est une méthode inventée par Antoine Larocque pour analyser les déchets sous un angle culturel et symbolique. Elle consiste à collecter des détritus (canettes vides, vieux livres, coupures de journaux, etc.) et à les associer à des images médiatiques ou des objets industriels dans ses œuvres. Larocque explique avoir adopté cette approche par nécessité : face à la précarité financière et à la difficulté de financer ses projets, il a choisi de travailler avec ce qu’il trouvait gratuitement, plutôt que d’attendre des budgets élevés (comme 10 000 $). Cette méthode lui permet d’aborder des réflexions sur le milieu de l’art, la société de consommation et la culture populaire québécoise. L’artiste souligne qu’il ne s’agit pas simplement de juxtaposer des déchets et des images, mais de rendre compte d’une expérience concrète du monde et de son absurdité.
Antoine Larocque présente une exposition intitulée Ethnographie-poubelle à DRAC – Art actuel, à Drummondville, jusqu’au 25 octobre. Cette exposition se distingue par son esthétique punk : elle utilise l’ensemble de l’espace (du plafond au plancher) pour y installer des collages, des meubles usagés et des tableaux avec des phrases écrites au pastel. Parmi les œuvres, on trouve des reproductions de clowns tristes, des coupures de journaux, des canettes vides et des livres anciens. Une vidéo d’une heure et demie, déformant un extrait du Gala Les Olivier, est projetée en boucle. L’artiste y juxtapose des éléments de la culture populaire québécoise (comme les logos de Super C ou St-Hubert) avec des médias écrits (comme le Journal de Montréal). L’exposition vise à interroger la place des déchets dans notre société et leur rôle dans la construction de notre culture.
Antoine Larocque a été confronté à la précarité financière après son installation à Québec, où sa situation professionnelle a changé. Cette expérience a influencé sa démarche artistique, le poussant à adopter une approche plus directe et moins coûteuse. Il explique avoir été marqué par l’absurdité de certains panneaux publicitaires ou émissions télévisuelles, qui mélangent vedettes, objets de consommation et culture du déchet. Son travail s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur les logiques de distinction sociale, inspirée par le sociologue Pierre Bourdieu et sa formule « le goût, c’est le dégoût du goût des autres ». Bourdieu, cité par Larocque, aurait sans doute observé avec ironie comment les médias et la publicité exacerbent ces dynamiques de classe aujourd’hui.
Antoine Larocque a découvert le cinéma presque par accident, en achetant une vieille caméra vidéo abordable. Son court métrage Show de bleu (2022), tourné à Tingwick, montre des jeunes faisant crisser leurs pneus pour produire une fumée bleue. Ses films, distribués par Vidéographe, ont été diffusés dans plusieurs pays et ont reçu plus de reconnaissance que ses œuvres en arts visuels, bien que cette tendance soit en train de s’inverser. Larocque évoque son enfance marquée par la culture populaire québécoise, qu’il décrit comme un mélange d’absurdités et de richesses. Après la sortie de Notes d’atelier, il a parfois été perçu comme un artiste agressif ou revendicateur, mais il cherche désormais à élargir ses références et à s’éloigner de la critique institutionnelle pure.
Une partie du corpus d’œuvres de Larocque sur les déchets sera présentée en janvier 2024 à la galerie B-312, dans le Belgo à Montréal, puis en avril 2024 à l’Écart à Rouyn-Noranda. Il sera également en résidence à l’automne 2023 au centre Le Lieu, à Québec. En janvier 2024, il publiera aussi un premier recueil de poèmes chez Moult Éditions, composé d’extraits de journaux repérés avec le mot-clé *« vandalisme »*. Larocque insiste sur l’importance de continuer à s’amuser dans son processus créatif, malgré les défis financiers et institutionnels. Son travail, à la fois visuel et littéraire, cherche à mêler humour, critique sociale et réflexion sur la culture québécoise contemporaine.

