Un projet de loi américain au secours du hockey canadien?
Limiter le nombre d’athlètes étrangers dans la NCAA pourrait aider le hockey canadien, écrit Martin Leclerc..
Deux élus républicains américains, Tim Walberg (représentant du Michigan) et Jon Husted (sénateur de l'Ohio), ont déposé un projet de loi à Washington visant à limiter à 20% le nombre d'athlètes-étudiants étrangers dans les équipes sportives de la NCAA (National Collegiate Athletic Association, l'association sportive universitaire américaine). Ce plafond entrerait en vigueur à partir de la saison 2029-2030, laissant cinq ans aux dirigeants de la NCAA pour adapter leurs stratégies de recrutement. Les élus justifient cette mesure par le fait que le nombre d'athlètes-étudiants étrangers bénéficiant de bourses a presque triplé depuis 2001, passant de 8 945 à près de 25 000. Par exemple, lors des Jeux olympiques de Paris en 2024, seulement 37% des 1 036 athlètes soutenus par la NCAA étaient américains, selon leurs arguments.
Ce projet de loi pourrait représenter une opportunité majeure pour le hockey canadien, qui peine à retenir ses talents face à l'attractivité des programmes universitaires américains. Actuellement, 38,7% des joueurs de hockey masculin de la NCAA sont canadiens, contre 52% d'Américains et 9,3% de joueurs européens. Depuis l'ouverture de la NCAA aux joueurs du hockey junior majeur canadien il y a deux ans, le pourcentage de Canadiens a augmenté de 9,7%, tandis que celui des Américains a diminué de 10,7%. Cependant, le hockey universitaire canadien reste moins développé et moins financé que son équivalent américain, ce qui pousse les jeunes talents à partir aux États-Unis après 19 ans, souvent pour rejoindre des ligues professionnelles mineures ou universitaires.
La situation est encore plus préoccupante pour le hockey féminin canadien, où Hockey Canada a abandonné le développement des hockeyeuses dans des programmes nationaux. Le réseau universitaire féminin canadien est moins bien financé et moins valorisé que celui des hommes, ce qui a conduit à une domination des universités américaines. Par exemple, lors de la saison actuelle, 400 hockeyeuses canadiennes jouent dans la NCAA (34,1% des effectifs), contre 660 Américaines (56,3%). Cette fuite des talents vers les États-Unis a aussi pour conséquence une perte de compétences pour le Canada, certains joueurs s'établissant définitivement à l'étranger après leurs études.
L'adoption de ce projet de loi, s'il est voté, offrirait une chance historique au Canada de restructurer son hockey universitaire, tant masculin que féminin. Jusqu'à présent, une telle redistribution des talents relevait de l'utopie. Cependant, l'avenir de ce projet reste incertain, bien que ses valeurs protectionnistes puissent séduire certains républicains. Les acteurs du hockey canadien, comme *U Sports* (la fédération sportive universitaire canadienne), Hockey Canada et les fédérations provinciales, sont appelés à réfléchir dès maintenant à des solutions pour améliorer l'encadrement et l'attractivité des programmes universitaires canadiens, afin de retenir leurs talents et de combler l'écart avec les États-Unis.

